#Au fil des Autrices – 3 romans à découvrir

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Aujourd’hui nous sommes le 8 mars : journée internationale des droits des femmes (et non « journée de la femme où on fait des promos sur le rouge-à-lèvres et les aspirateurs », comme certains paraissent le confondre chaque année).

Pour l’occasion, j’ai décidé de vous présenter trois romans d’écrivaines (très) connues traitant (entre autres) de la condition féminine en vous présentant et en reprenant le hashtag #Au fil des Autrices créé par Mirka, dont je vous invite à lire l’article de présentation. 

Pourquoi est-ce que je reprends le concept ?

  • Parce que j’aime le mot « autrice », que je préfère à « auteure » (et ne parlons même pas de « auteur » tout court). J’aime son histoire, puisque le mot existait jusqu’au XVIIème siècle, quand la toute récente Académie Française décide sous l’impulsion du cardinal Richelieu que non, les femmes ne peuvent exercer un métier aussi noble. Autrice a disparu en même temps que philosophesse, poétesse, mairesse, capitainesse, médecine, peintresse… (Pour en savoir plus, rendez-vous sur cet article).
    Sexiste, la langue française ? noooooon…
  • Parce que je n’ai pas étudié une seule autrice durant toute ma scolarité. Pas une ! Et pourtant, même en se cantonnant aux franco-françaises mortes il y a minimum un siècle, on ne peut pas dire que la littérature française manque d’œuvres à étudier.
  • Parce que l’on m’a déjà dit que les auteurs c’est mieux, et puis d’abord, les femmes ne peuvent pas écrire sur la noirceur de l’âme, elles sont trop sentimentales, il n’y a aucun grand roman féminin. C’est toujours affirmé avec un sérieux absolu, et quand je cite quelques autrices… « ah non je ne connais pas mais ça ne change rien ». Alors entendons-nous bien, je comprends parfaitement qu’on connaisse peu d’autrices vu le peu d’importance qui leur est accordé : mais quand on ne sait pas, on se tait.
  • Parce que j’ai lu une majorité d’auteur dans ma vie, que je commence à peine à découvrir quantité de romans dont je n’avais jamais entendu parler, et certains sont devenus tout de suite mes préférés. J’espère pouvoir vous en faire découvrir quelques-uns aujourd’hui.

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L’autrice que tout le monde connaît ou presque (et surtout ceux qui l’utilisent pour conchier les féministes actuelles avec le fameux « Simone de Beauvoir se retournerait dans sa tombe ». Utilisé dans 99,9% des cas par des gens n’ayant manifestement jamais rien lu de Simone). Elle est néanmoins surtout lue pour son essai féministe Le Deuxième Sexe, parfois pour ses autobiographies comme Les Mémoires d’une jeune fille rangée, mais plus rarement pour ses romans.

C’est pourtant pour ces derniers que je la préfère, et en particulier dans son plus long texte, Les Mandarins. Publié en 1954, ce roman met en scène un groupe d’intellectuels parisiens communistes à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.  Le récit est mené à la première personne et alterne entre deux narrateurs : Anne Dubreuilh, très inspirée de Simone elle-même et Henri Perron, écrivain, ancien résistant et dirigeant d’un journal de gauche pouvant rappeler Albert Camus. Le roman suit leurs vies et celles de leurs proches à travers leurs liaisons, leurs introspections et leur convictions politiques. L’idéal communiste s’effondre au fur et à mesure que les témoignages des goulags s’accumulent : faut-il fermer les yeux sur les horreurs du stalinisme, ou les dénoncer et mettre de l’eau au moulin du capitalisme américain ?

J’ai dit à voix haute :  » J’ai un âge !  » Avant la guerre, j’étais trop jeune pour que les années me pèsent ; ensuite pendant cinq ans je me suis tout à fait oubliée. Je me retrouve pour apprendre que je suis condamnée : ma vieillesse m’attend, aucun moyen de lui échapper ; déjà je l’entrevois au fond du miroir !

Les Mandarins parle de féminisme, de communisme, de relations libres et d’éducation, de dépression et d’écriture, et il le fait bien : les personnages sont loin d’être des archétypes et leur humanité rend le roman très vivant et touchant. Evidemment, le côté semi-autobiographique se ressent, j’ai finalement eu plus l’impression d’apprendre sur Simone de Beauvoir dans ce roman que dans ses mémoires. Les réflexions sont particulièrement justes et beaucoup restent extrêmement actuelles, mais j’ai aussi eu la sensation de voir le Paris d’après-guerre s’animer au fil des pages.
C’est un superbe roman que je ne peux que vous conseiller à l’occasion du 8 mars.


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Doris Lessing est une écrivaine britannique et militante anticapitaliste, anticolonialiste, anti-apartheid, féministe… C’est une institution dans la littérature anglo-saxonne, puisqu’elle a même reçu un prix Nobel pour son roman Le Carnet d’or paru en 1962.

Ce roman est divisé en plusieurs parties : une narrative, et les quatre autres correspondant à chacun des carnets de l’héroïne, Anna. Le carnet noir raconte son expérience en Rhodésie du Sud qui l’a conduite à écrire son best-seller, le rouge son militantisme au sein du parti communiste alors qu’il a déjà été particulièrement affaibli par les révélations des atrocités du régime stalinien, le jaune est un roman en cours d’écriture inspiré de la vie sentimentale d’Anna et le bleu est son journal personnel, où elle relate ses rêves, sa vie sentimentale, ses séances de psychothérapie.

Tous les hommes que j’ai connus parlaient avec délectation, consciemment ou non, des lesbiennes. C’est un aspect de leur incroyable vanité : ils se voient comme les sauveurs de ces femelles perdues.

Ce roman est souvent décrit comme difficile d’accès, et pourtant je me suis laissée emportée par la limpidité de la réflexion. Les thèmes abordés sont multiples et sensiblement similaires à ceux des Mandarins, mais certains sont beaucoup plus poussés. Un bémol sur le traitement de l’homosexualité, bien chelou : en gros ce serait une sorte de choix un peu à la mode, une phase pour beaucoup. C’est le seul point où la réflexion semble très datée, alors que tout le reste reste encore majoritairement d’actualité. Malgré ce gros « meh », ce roman est d’une richesse rare. J’oserai même le qualifier de chef-d’œuvre.


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J’ai hésité à vous proposer cette autobiographe, puisque pour l’instant je suis resté dans le domaine du roman. Mais finalement, les deux livres précédents ont une limite parfois assez floue entre fiction et biographie, et je ne pouvais pas passer à côté de la beauté du texte de Maya Angelou. Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage est le premier tome sur sept de l’autobiographie de l’autrice et est paru en 1969.

Ce texte relate les jeunes années de Maya Angelou, de ses trois ans en 1931 à ses dix-sept ans, âge où elle devient mère suite à un viol incestueux, dans une ville de l’Arkansas pourrie par la ségrégation raciale.

À Stamps, la ségrégation était si totale que la plupart des enfants noirs ne savaient pas, en vérité, à quoi ressemblaient exactement les blancs. Excepté qu’ils étaient différents, et qu’il fallait avoir peur d’eux, et cette peur traduisait aussi l’hostilité des faibles contre les puissants, des pauvres contre les riches, des travailleurs contre les patrons et des mal habillés contre les bien vêtus.
Je me rappelle n’avoir jamais cru que les blancs fussent vraiment réels.

Je pense que vous vous en doutez au vu du contexte : c’est un livre très, très dur, parfois insoutenable. La plume de l’autrice et poétesse est violente souvent, mais aussi très touchante, du moins dans sa version originale que j’ai pu lire. C’est un texte majeur de l’afro-féminisme, et si c’est pour le moment le seul que j’ai pu lire de Maya Angelou, je compte bien réparer cette erreur dès que possible.


Et vous, avez-vous lu ces romans ?
Quels livres conseilleriez-vous à l’occasion de cette journée internationale des droits des femmes ?

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4 réflexions sur “#Au fil des Autrices – 3 romans à découvrir

  1. Le dernier je vais le lire c’est évident, parce que le viol on n’en parle pas, c’est un sujet tabou et qu’il touche beaucoup beaucoup de femmes. Ce sujet me touche particulièrement. Si je n’étais pas en cours j’irai l’acheter tout de suite TT Et j’ai encore une fois adoré ton article !

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    • Oui, et malheureusement quand c’est abordé dans la littérature ça l’est souvent un peu n’importe comment. Entre le fantasme malsain de l’écrivain (là comme ça je pense à Ken Follet, j’avais un peu halluciné en le lisant, mais il est pas le seul duuuu tout) et ceux qui décrivent un viol mais font comme si c’était normal (là il y Choderlos de Laclos, avec la qualification complètement wtf de ses actes comme de la « séduction ». Hum. Nope. Nope nope nope. Mais pareil, c’est vraiment pas le seul).
      Il y a vraiment un gros souci.
      Contente que l’article te plaise en tout cas 🙂

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  2. Ah oui, Les mandarins! Je t’ai déjà lu à ce sujet! A ma grande honte, je n’ai jamais lu aucun livre de Simone de Beauvoir: il va donc falloir que j’ajoute Les mandarins, Le deuxième sexe et Mémoire d’une jeune fille rangée à ma PAL.

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    • Hé hé, je parle des mandarins à tout bout de champ !
      Le deuxième sexe c’est ce qui risque de moins te plaire vu que c’est un pur essai, en tout cas si tu lis des romans ou autobiographies de Simone j’aimerais vraiment avoir ton avis 😊

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