Orange – Ichigo Takano

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Cela faisait quelques mois que je voulais me plonger dans cette courte série de mangas, intriguée par les multiples avis enthousiastes et le pitch. J’ai profité que les cinq tomes soient enfin disponibles à la bibliothèque pour les enchaîner, et ce fut avec plaisir : sans être un coup de cœur, Orange est une bonne petite série feel-good. Le manga a eu d’ailleurs un succès considérable au Japon, où depuis sa publication en 2012 il a été adapté en animé et plus récemment en film « live ». À noter qu’il existe également un spin-off, Orange Mirai, qui raconte la série d’un autre point de vue et apporte des précisions sur la fin. Elle n’est cependant pas disponible en France.

Mais de quoi ça parle ?

Naho est une lycéenne de 16 ans habitant dans une petite ville japonaise et mène une petite vie tranquille, jusqu’au jour où elle reçoit une lettre… de son futur soi de 26 ans. Dedans, des instructions à suivre pour lui éviter de ressentir les regrets qu’elle connaît encore 10 ans plus tard.

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Mon avis

Orange est une jolie lecture qui met du baume au cœur  : tout est très bienveillant dans ce manga. Les enjeux prennent une tournure plus dramatique très rapidement dans le premier volume mais jamais l’histoire ne se penche vers l’action. Tout est centré sur les sentiments, la communication ou les non-dits.

Les personnages sont jeunes et c’est peut-être la raison pour laquelle Naho m’a prodigieusement agacée au cours du premier tome ; je n’avais qu’une envie, qu’elle arrête d’être aussi indécise. Et puis il est difficile de s’identifier à cette jeune fille qui reçoit une lettre du futur de dix pages, racontant tout ce qu’elle va vivre et doit faire… et reste d’une indifférence et d’une patience monastique ! Qui pourrait se retenir de tout lire d’un coup et ne lire les passages qu’au jour le jour ? Ceci étant, c’est une adolescente très crédible dans ses failles et ses insécurités et donc attachante. Ouf, l’évolution des personnages est un des points les plus positifs de la série. Si certain.es ami.es de l’héroïne gardent une présence un peu superficielle, on ressent une certaine alchimie dans le groupe qui donne envie de les suivre tout le long des cinq volumes.

L’histoire est très touchante, que ce soit pour le traitement des regrets comme pour son autre versant que je ne spoilerai pas ici. Les shôjos (mangas dessinés pour toucher un public souvent assez jeune et féminin) peuvent parfois agacer par une intrigue romantique tournant autour du pot pendant X tomes. Ici rien de tout ça, ce qui en fait une lecture vraiment grand public. Tout le message de la série porte sur la nécessité de communiquer et de faire preuve de bienveillance envers les autres. L’enjeu le plus grave de celle-ci n’est pas non plus abordé en mode bisounours : pas de pouvoir magique de l’amitié qui résout tous les problèmes. Non ici on se soutient comme on le peut, dans la mesure de ses moyens. Ce que l’histoire perd en sensationnalisme, elle le gagne en crédibilité.

Je regrette cependant une fin un peu trop rapide qui m’a laissée sur ma faim. Sans vouloir connaître tout ce qu’il se passe après la dernière page, j’aurai plutôt voulu que les ultimes chapitres prennent leur temps. La résolution de l’intrigue m’a paru vraiment précipitée. Peut-être que l’histoire annexe parue au Japon pallie à cette frustration ?

Sur la forme, le manga est très clair. Si le dessin n’est pas d’une originalité folle, il est maîtrisé et correspond tout à fait au fond. Chaque personnage est clairement identifiable, même avec des coiffures ou des vêtements différents. Cela peut paraître un détail, mais la lecture de certaines BD peut se transformer en véritable calvaire quand ce n’est pas le cas ! La mise en page est dans la même lignée, sans originalité mais claire, maîtrisée et aérée. Tout cela aide à donner un aspect très vivant à cette histoire.

Malgré le thème qui pourrait très rapidement tomber dans du mélodramatique, la mangaka évite cet écueil. Les sentiments sont présents, les larmes aussi, mais sans être exacerbés et exagérés pour verser dans le pathos. Il reste quelques clichés du genre comme les petites bulles et étoiles mignonnes, mais ça donne un certain charme à l’oeuvre.
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Cette série n’est certes pas le manga du siècle, mais c’est une expérience de lecture rafraîchissante et émouvante. Oscillant entre le feel-good et un ton plus mélancolique, Ichigo Takano a su aborder des sujets plus lourds sans tomber dans le pathos. C’est une série attachante, que j’ai lu avec plaisir et qui a de grandes chances de plaire à un large public.

Je la conseille particulièrement aux amateurs de romances adolescentes et de paradoxes temporels, mais aussi à ceux qui lisent peu ou pas de mangas et voudraient découvrir quelques titres.

Orange – Ichigo Takano
Edité en 5 volumes chez Akata, trouvable près de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Quartier Lointain de Jiro Taniguchi : l’histoire est assez proche de celle d’Orange : un adulte de la cinquantaine revient un jour dans le passé, dans la peau de ses 14 ans. Il réalise que cette année-là, son père disparaît sans laisser de traces. Le héros profitera de cette seconde chance pour tenter d’effacer ses regrets et empêcher son père de partir. Ce manga est l’un de mes livres favoris, par sa poésie et sa douceur. Les dessins sont superbes et la narration unique. C’est pour moi un incontournable que je conseille à tous.
  • Replay de Ken Grimwood : Jeff Winston, la quarantaine, décède d’une crise cardiaque en 1988. Évidemment le roman ne s’arrête pas ici puisqu’il se réveille en 1963, à l’âge de 18 ans, et avec tous ses souvenirs encore intact. Il va donc profiter de ce nouveau départ pour effacer ses regrets. Ce roman est moins tranche de vie mélancolique que Orange et Quartier Lointain : si vous êtes attiré par le thème mais préférez quelque chose de plus « dynamique », ce roman sera pour vous. J’ai eu par contre du mal à m’attacher au personnage principal.
  • La traversée du temps de Mamoru Hosada : un film, pour changer ! Makoto est une lycéenne normale qui se découvre un jour le pouvoir de remonter le temps. Elle fera alors son possible pour corriger toutes ses maladresses et erreurs au cours d’une seule journée, le 13 juillet. Une sorte de Un jour sans fin d’Harold Ramis plus mélancolique, mais très divertissante également.

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Avez-vous lu Orange ?
Connaissez-vous d’autres œuvres où les voyages temporels servent à effacer les regrets ?

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6 réflexions sur “Orange – Ichigo Takano

  1. Coucou !
    Actuellement je suis au 3è tome de cette saga et j’apprécie vraiment l’idée et le dessin. Comme toi je trouve que la passivité de Naho m’agace sur plusieurs passages.. Heureusement qu’on passe au-dessus car je trouve dans l’ensemble que c’est une bonne saga ( pour l’instant ! ).

    Merci pour les réfèrences annexes en bas de page, j’aime les petites notes, les conseils et astuces. J’essaie d’en glisser quelques unes dans mes articles mais là je trouve ça très bien foutu sur ton article. Je file regarder l’anime et m’intéresser au manga. Et par la même occasion fouiller un peu ton site.

    La bise !

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    • Hello !
      Oui c’est assez agaçant, même si passé le premier tome elle s’améliore pas mal sur ce point (ouf)
      Merci beaucoup, je suis contente que ça te plaise 🙂
      à très vite sur ton blog ou le mien alors !

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  2. Bon, j’ai le droit de dire que ton article, aussi bien écrit soit-il, ne me donne pas super envie de lire ce manga? 🙂 Je crois que l’histoire ne m’inspire pas plus que ça, en fait. Et j’ai déjà tellement de série de mangas en cours (Père et Fils, Sacrée Mamie, Yotsuba, Bride stories, Le maître des livres) que pour une fois, je suis bien contente de ne pas en ajouter un nouveau à ma PAL!
    Dans les livres sur le même thème des « déplacement temporels », est ce que tu connais Le temps n’est rien de Audrey Niffenegger? Une super histoire d’amour (pas du tout niaise, ce qui fait du bien!) dans laquelle l’homme se déplace dans le temps, mais sans aucune maîtrise du moment où cela arrive ni de quand/où il va arriver. Bon, c’est malin, j’ai envie de le relire maintenant! 🙂

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    • Tu en as tout à fait le droit, surtout que tu as déjà de super bonnes séries en cours (j’adore bride stories et yotsuba) et que Orange n’est pas forcément un must have, je te pense que Quartier Lointain te plairait nettement plus !
      Je ne connaissais pas du tout ce livre mais ça me donne bien envie, je le note sur ma liste à lire, merci 😊

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