La sagesse dans le sang – Flannery O’Connor

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J’ai entendu parler de Flannery O’Connor pour la première fois il y a quelques semaines seulement, et pourtant ses romans et nouvelles sont considérés parmi les classiques de la littérature du sud des États-Unis. En effet, j’ai eu des réminiscences des sensations que je peux éprouver en lisant Steinbeck, mais dans un registre bien plus sombre que ce dernier. Paru en 1952, La sagesse dans le sang est un premier roman violent et poussiéreux. Si je n’ai pas eu un coup de cœur monumental pour le texte, j’ai été suffisamment dérangée pour être intriguée.

Mais de quoi ça parle ?

Hazel Motes est le petit fils d’un évangéliste du Tennessee et décide de suivre les pas de son grand-père. Cependant, pas de Jésus dans le culte qu’il prône : il décide de fonder l’Église sans Jésus, ne croyant pas au péché.

Il avait déjà en lui la sombre conviction, profonde, inexprimée, que le seul moyen d’éviter Jésus était d’éviter le péché. Dès l’âge de douze ans, il savait que lui-même prêcherait un jour. Plus tard, il vit Jésus aller d’un arbre à l’autre au fond de sa pensée, silhouette loqueteuse et sauvage qui, d’un signe, lui disait de faire demi-tour, de s’enfoncer dans les ténèbres où il ne saurait pas exactement où il mettrait les pieds, où il ne pourrait marcher sur l’eau sans s’en douter et, s’en rendant compte soudain, y disparaître et s’y noyer.

Mon avis

La sagesse dans le sang est un roman angoissant. Je ne m’attendais honnêtement pas à lire quelque chose de pareil au vu de la biographie de l’autrice : Flannery O’ Connor était une femme profondément catholique et intéressée pendant toute sa vie par la théorie de l’existence de Dieu dans chaque objet de ce monde. 
Rien de cela dans ce livre rempli de violence, de folie, de poussière. L’univers est glauque et poisseux, et l’écriture très nerveuse laisse une impression presque psychotique.

O’Connor se penche sur le milieu des prêcheurs ambulants, qu’elle voit comme une caricature des religions et critique âprement. Le ton oscille entre un humour très noir et quelque chose de plus pathétique. Le roman est extrêmement irrévérencieux, et chaque page ou presque est le lieu d’un nouveau péché. Pas de moralisme cependant, jamais le texte ne bascule dans un prosélytisme catholique malvenu, et pour autant que l’on puisse le deviner à la lecture l’autrice pourrait tout aussi bien être athée.

Il y a quelque chose d’assez grotesque qui se dégage du roman avec cette galerie de personnages tous un peu décalés et leur violence insensée. Entre le héros et sa secte de l’Église sans Christ (renommée au cours du roman par un de ses disciples l’Église du Christ sans Christ à son grand désespoir), les menteurs qui se joignent à lui, le gamin qui décide de le coller à la recherche d’un ami, l’évangéliste faussement aveugle… cela créé une ambiance à la limite de l’absurde, où l’on sème sans vouloir récolter et l’on ne sait où l’on va.

Pourtant l’autrice ne reste pas sans compassion envers ses personnages, qu’elle ne rend pas caricaturaux. Ils sont paumés, criminels souvent, et malgré tout c’est difficile de les trouver réellement négatifs. Certains sont même carrément attachants et j’ai du mal à croire que Flannery O’Connor souhaitait écrire un texte à charge. Cela rend d’autant plus dure la violence régnant, en cela le roman est profondément négatif.

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Flannery O’Connor

C’est ainsi un texte intriguant, à la fois virulent et plein de compassion, porté par une écriture très maîtrisée, violente et nerveuse. Je pense me lancer dès que possible dans Les braves gens ne courent pas les rues, un recueil de nouvelles apparemment remplies d’humour noir et de la poussière qui peuple les textes du sud des États-Unis. Je suis heureuse d’avoir découvert cette autrice, même si pour éviter de m’imprégner de toute cette noirceur j’espacerais la lecture de ses œuvres à l’avenir !

La sagesse dans le sang – Flannery O’Connor
Edité chez Gallimard, trouvable près de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Le cœur est un chasseur solitaire – Carson McCullers : même contexte ou presque pour ces romans se déroulant tous deux dans le sud des États-Unis à décennies près. Ce livre est encore plus désespéré cependant, tous les personnages se raccrochant à leurs rêves en restant coincés sur place dans une ville sans avenir. C’est un livre qui se termine le cœur lourd, dont certains passages et personnages touchent au sublime.
  • Le bruit et la fureur – William Faulkner : comment parler du sud des États-Unis sans mentionner Faulkner ? À nouveau, un roman sombre et touchant, dont la narration est plutôt complexe, très tournée sur les monologues intérieurs. Je pense que c’est typiquement le style de livre qu’on peut adorer comme détester. C’est une des lectures m’ayant le plus impressionnée l’année dernière en tout cas, à lire sans hésiter pour les amateurs de romans où chacun se débat contre la violence et son destin funeste.
  • Des souris et des hommes – John Steinbeck : je continue dans les classiques américains, mais cette fois-ci avec un roman court et bien plus accessible. Beaucoup de poésie dans cette histoire d’amitié presque lumineuse entre un géant à l’âme d’enfant et son protecteur. Forcément, quand ça tourne mal, la chute est d’autant plus douloureuse. Un bon roman pour découvrir l’auteur, que je préfère toutefois dans ses livres les plus longs.
  • De sang-froid – Truman Capote : attention, Capote met très mal à l’aise avec ce roman tiré d’un fait divers. En suivant les meurtriers et en les humanisant, il nous fait détester à la fois leur violence criminelle et inhumaine mais également celle de la justice et de la peine de mort, procédurière, glaciale et meurtrière. Ça se dévore comme un roman policier, et il est difficile de se départir de l’impression de voyeurisme à lire un texte pareil.

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Avez vous lu La sagesse dans le sang ou d’autres textes de Flannery O’Connor ?
Quels sont vos romans américains de la première moitié du XIXème siècle favoris ? 

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7 réflexions sur “La sagesse dans le sang – Flannery O’Connor

  1. Voilà un livre qui ne me tente pas du tout… Par contre, tes livres sur le même thème me font me rendre compte que je n’ai jamais rien lu de Faulkner ou de Capote: du coup, ma wish-list s’agrandit quand même! 🙂

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      • Pas sûr du tout que je lise ces livres là en premier, en effet! De T.Capote, je commencerais bien par Petit Déjeuner chez Tiffany et Cercueils sur mesure et pour Faulkner, par Lumière d’août.

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        • Je n’ai pas lu Lumière d’août, si tu le lis j’aimerais beaucoup avoir ton avis !
          Petit déjeuner chez Tiffany est plus soft c’est clair ! (et puis bon, c’est difficile de ne pas voir Audrey Hepburn en le lisant maintenant)

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  2. Bon ! Ca suffit de présenter que des livres que je veux lire et d’en parler si bien, qu’est-ce que je fais après? TT Je vais voir pour me le procurer le plus rapidement possible mais il n’y a pas un exemplaire à Lille quelle tristesse. Tout ce qui est sombre et me perce le coeur c’est généralement des lectures qui me marquent énormément et j’adore ça. Sûrement parce que je lis trop de livres et que j’en oublie au moins les 3/4.Je me demande si espacer mes lectures serait mieux pour mieux les apprécier…

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    • Tu as trouvé une librairie que tu aimes bien près de chez toi ?
      Normalement quand tu commandes chez eux ils reçoivent le livre deux trois jours après, ça dépanne bien 🙂
      J’ai une grosse tendance à l’oubli pour mes lectures aussi, si je n’étais pas sur sens critique je crois que j’en oublierai la moitié ! J’aime beaucoup les lectures sombres aussi mais pas à trop forte dose aussi, des romans légers entre ça permet de sortir la tête de l’eau !

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