Orient Exils – Annemarie Schwarzenbach

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Pour cette chronique, j’ai eu un coup de cœur bien plus pour l’autrice que pour son l’oeuvre. Je ne connaissais pas Annemarie Schwarzenbach jusqu’à fort peu de temps et ce que je découvre de sa vie me fascine. Je me suis immédiatement plongée dans l’un de ses recueils de nouvelles les plus connus, et je ne sais qu’en penser.
J’ai hésité à écrire cet article, mais j’ai eu très envie de vous faire découvrir Annemarie tant je trouve regrettable que sa vie ne soit pas plus connue. Plus qu’un recueil de nouvelles, j’espère vous donner envie de découvrir un peu la vie tumultueuse de cette Suisse née en 1908 et décédée en 1942.

Mais de quoi ça parle ?

Au début des années trente, Annemarie participe à des fouilles archéologiques en Syrie et en Perse. Les colonies européennes lui inspirent ces nouvelles présentant des Occidentaux fuyant leur mal de vivre en Orient, sans forcément de succès.

« L’Europe, dit-elle, c’est un pays pauvre et épuisé. On parle de chômage, et chez nous, en Italie, de fascisme. On ne parle que de choses désagréables, et même de la prochaine guerre mondiale, bien que cela soit complètement absurde. »

Mon avis

Je ne suis pas friande de nouvelles, qui me laissent souvent sur ma faim. Ici pourtant, le genre est utilisé d’une manière que j’avais rarement lue avant : c’est des bribes d’histoires incomplètes, des morceaux de récits. À lire indépendamment cela n’a pas trop d’intérêt (une ou deux mises à part), mais l’ensemble créé une atmosphère un peu étrange.
En fait, à la lecture de ces courts textes, j’ai eu l’impression de voir des souvenirs un peu flous ou bien de passer dans un aéroport où l’on croise des vies sans s’en approcher réellement. Il y a un côté très superficiel, mais en même temps dans la multitude d’histoire il s’en dégage quelque chose, une photographie de ces exilés avec leur racisme, leurs scandales, leurs conversations.

C’est toujours un peu étrange de lire des récits et témoignages d’avant-guerre. Il y a une ambiance de déni et de tristesse, de complaisance dans son petit confort personnel aussi. À travers une des nouvelles, on croise par exemple un homme expliquant qu’au fond on fait tout un foin des nazis mais qu’ils sont très corrects et qu’on ne les croise pas tant que cela en Allemagne. Et puis après tout, pourquoi se préoccuper de la question juive, « comme si le sort de la terre entière dépendait des Juifs » ! Bref, un désintéressement pour ce qui ne tourne pas autour de sa petite personne que l’on retrouve malheureusement à toutes les époques.

Chaque nouvelle est déconnectée de l’autre et aborde des thèmes assez différents, reliés uniquement par le ton toujours un peu triste et désenchanté de l’autrice. Ce court recueil dessine ainsi le contour de quelque chose de manière un peu floue, sans que je puisse vraiment déterminer le quelque chose. J’ai eu l’impression de le comprendre un peu mieux en le reliant avec la vie d’Annemarie mais le texte reste assez éthéré.
C’est dans sa personnalité – que l’on devine entre les lignes – que j’ai tiré le plus de ma lecture.

L’écrivaine venait de la haute bourgeoisie suisse (famille pro-nazisme, la fête quoi) et multiplia les conquêtes telle que l’américaine Carson McCullers. Thomas Mann l’appelait l' »ange dévasté » pour sa beauté et son désespoir : ne trouvez-vous pas cela extrêmement intriguant ? Elle lutta toute sa vie contre le fascisme et la montée du nazisme, tout en fuyant autant qu’elle le pût l’Europe et ses horreurs dans les paradis artificiels et dans ses voyages. Homosexuelle, droguée, anti-capitaliste, elle mourut en 1942 – à seulement 34 ans – des suites d’une chute de vélo. Au fond, ma lecture ne m’a donné qu’une envie : lire la biographie d’Annemarie Schwarzenbach.

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Annemarie Schwarzenbach

Loin d’être dénuées d’intérêt, ces nouvelles m’ont peu marquées dans leur individualité. C’est pour l’ambiance dépeinte sur l’ensemble du recueil que j’ai apprécié ma lecture, et surtout pour la découverte de leur autrice. Je n’ai qu’une envie à présent, trouver sa biographie et la dévorer.

Orient Exils – Annemarie Schwarzenbach (1989)
Edité chez Payot, à trouver proche de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Le joueur d’échecs – Stefan Zweig : nouvelle désabusée et désespérée de Zweig, écrite durant les derniers mois de sa vie, c’est par ce texte que j’ai découvert l’auteur. Si je le conseille après Orient Exils, c’est parce que j’ai la sensation diffuse de sensibilités similaires entre Annemarie et Stefan, dans leur manière décrire comme dans les thèmes qu’ils abordent.
  • Une Suisse Rebelle – Carole Bonstein : bon, là c’est la honte parce que je n’ai pas encore eu le temps de terminer ce film et je ne sais pas ce qu’il vaut dans sa globalité. Il est disponible dans son intégralité sur YouTube et réunit les témoignages d’amis et d’analyses d’historiens. J’en suis à la moitié et la personnalité politique d’Annemarie autant que sa vie sont dignes d’un roman. Si vous êtes intéressés par l’Histoire de la première moitié du XXème siècle vu par le prisme des histoires individuelles, n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil, c’est passionnant !
  • Le pont invisible – Julie Orringer : un long roman inspiré par son autrice du témoignage de sa grand-mère. Il débute en 1937 et suit un jeune étudiant juif hongrois à travers les instants précédents la guerre et la montée fulgurante de l’antisémitisme (ou plutôt de ses marques assumées). Toute cette approche sur les derniers moments de la paix rend le roman particulièrement terrifiant et comme dans Orient Exils, on ressent le désir de fermer les yeux des citoyens face à l’horreur qui gronde. C’est très romanesque, très attachant : attention toutefois, la quatrième de couverture de l’édition Poche dévoile des événements qui ne se passent qu’après la cinq-centième page !

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Connaissiez-vous Orients Exils et son autrice ?
Y-a-t’il des textes où l’écrivain.e vous a marqué plus que son oeuvre ?

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6 réflexions sur “Orient Exils – Annemarie Schwarzenbach

  1. Je ne connais ni l’autrice ni ses livres… Mais je comprends tout à fait ton intérêt pour sa vie!
    J’aime bcp les biographies de femmes (Marie-Antoinette, Simone Veil, Eleanor Roosevelt, Sarah Bernhardt, Frida Kahlo…), sans forcément pour autant admirer leur oeuvre ou être d’accord politiquement. Aller hop, je mets sa bio dans ma wish-list! 🙂

    J’ai adoré le Joueur d’échecs! Je crois que c’est un des Zweig que j’ai le plus aimé (avec la biographie de Marie-Antoinette, mais je suis bien loin d’avoir tout lu de lui).
    J’ai également lu le Pont invisible (je crois que je l’ai eu dans le calendrier de l’avent 2015 Exploratology) et j’en garde aussi un très joli souvenir.

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    • Je suis complètement d’accord avec toi, pas même la peine d’apprécier la personne pour lire des biographies je pense 🙂
      Et comme toi, c’est mon Zweig préféré avec Marie-Antoinette ! (D’ailleurs pour rester sur les biographies, je compte bien lire Marie-Stuart de lui dès que possible)
      J’avais aussi découvert le Pont Invisible via le calendrier ! (et je réserve un article pour présenter la perfection d’Exploratology plus tard :p )

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  2. Merci pour cette découverte ! Je ne connaissais pas du tout ce nom, et je crois que je vois bien ce que tu veux dire, à propos de cette sensation diffuse et cette fascination pour la personnalité d’auteur.e.s… De Zweig je garde un très bon souvenir de sa biographie de Montaigne ! Mais je connais au final très peu son oeuvre, et j’ai bien envie de lire sa bio de Marie-Antoinette…

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    • Je t’en prie ! D’ailleurs Zweig aussi me fascine un peu…
      Je ne savais même pas qu’il avait fait une biographie sur Montaigne ! Je la note, aux côtés de celle sur Marie-Stuart qui me tente beaucoup.
      La bio de Marie-Antoinette est vraiment un régal à lire, c’est très romanesque, si tu t’intéresse un peu à elle tu devrais vraiment aimer.

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