C’est moi qui éteins les lumières – Zoyâ Pirzâd

c'est_moi_qui_éteins_les_lumières.png

Zoyâ Pirzâd fait parti des autrices contemporaines iraniennes les plus connues à l’international mais je n’avais jamais rien lu d’elle auparavant. Comme d’habitude, c’est grâce aux présentoir de la bibliothèque municipale que je découvre ce roman paru en 2011 et édité par les éditions Zulma dont le travail sur les couvertures est toujours particulièrement joli. J’ai réalisé par la suite que c’était également le roman de la sélection d’avril d’Exploratology (j’ai dû avoir une intuition en le choisissant), un abonnement littéraire que j’adore depuis plusieurs années et dont je compte bien vous parler dès que mon compte en banque sera assez remplumé pour que je puisse à nouveau commander chez eux.

Mais de quoi ça parle ?

Clarisse est une femme au foyer arménienne habitant à Abadan, en Iran, probablement dans les années 60 ou 70. C’est moi qui éteins les lumières dépeint son quotidien et celui de son mari ingénieur passionné de politique, de son garçon Armen en pleine crise d’adolescence, de ses adorables jumelles, de sa sœur en quête de mari, de sa mère et de ses nouveaux voisins tout juste installés.

C’est toujours la même odeur qui se dégageait de la chambre des jumelles : une odeur douce, une odeur de sommeil, « une odeur de riz d’enfant » comme disait Artosh ; une odeur qu’avait perdues depuis longtemps la chambre d’Armen.

Mon avis

La première chose à savoir, c’est qu’ouvrir ce roman ne conduit pas à une grande histoire remplie de rebondissements et de drame, on est ici dans le genre de la tranche de vie. Il ne se passe finalement que peu de choses entre la première page et la dernière, et selon vos sensibilités cela peut autant ennuyer que reposer. Pour ma part j’y ai vu comme une petite pause entre deux textes au rythme plus frénétique, et je me suis laissée bercée par la belle ambiance instaurée.

L’écriture est jolie, limpide, dans une tonalité douce-amère assez touchante. Il y a beaucoup de pudeur dans ce livre qui peut sembler peu ambitieux mais dresse par touches discrètes toute une réflexion sur la condition féminine, le bonheur et l’immobilisme. Je ne connaissais rien du thème du livre avant de l’ouvrir, et j’ai été surprise de réaliser qu’il dépeint également le quotidien de la communauté arménienne en Iran, avec quelques réflexions sur leur intégration à Abadan et sur le génocide du début du siècle. Là encore, ces thèmes sont toujours abordés par le biais du quotidien, sans heurts ni généralités.

C’est par les pensées de Clarisse, le personnage principal, que l’on rentre dans cet univers. L’héroïne est attachante, toute en nuance, et si elle ne paraît pas resplendir de joie elle n’est pas non plus malheureuse. Elle n’est pas libre et indépendante au sens où on pourrait l’entendre mais pas soumise non plus, et son mari n’est pas parfait, mais loin d’être monstrueux… Bref, ce sont des gens somme toute assez banals.

Ses enfants sont dans la même veine, attachants et imparfaits, de même que le reste de sa famille. On est parfois agacés, parfois touchés, mais jamais le roman n’essaye de bouleverser. C’est un joli tableau, avec quelques évolutions au fil du texte sans rien de révolutionnaire.
Alors que l’on pourrait s’attendre à un sursaut et une émancipation de Clarisse, ce n’est pas le sujet du roman, ce qui peut sembler un peu frustrant… mais finalement est assez réaliste. Clarisse écoute ses camarades féministe et est d’accord avec elles, mais participe de manière très timide. Après tout, n’est-ce pas le lot de beaucoup de préférer rester dans le confort de son quotidien ?

zoya-pirzad.png
Zoyâ Pirzâd

C’est moi qui éteins les lumières est une jolie lecture douce-amère qui vous plaira certainement si les personnages vous parlent et si vous n’êtes pas rebutés par les romans où il ne se passe pas grand chose. Clairement, si vous préférez les aventures et rebondissements, attendez-vous à être surpris ou passez votre chemin!

Autrement vous trouverez un beau texte très simple mais pas simpliste, avec un très beau personnage principal de femme tout en nuances.

C’est moi qui éteins les lumières – Zoyâ Pirzâd (2011)
Edité chez Zulma, à trouver proche de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Persepolis – Marjane Satrapi : évidemment quand on pense à des œuvres sur la condition de la femme en Iran, cette excellente BD arrive directement en tête. Marjane Satrapi parle de son enfance et de son adolescence en Iran à l’époque de la révolution islamiste avec beaucoup d’humour et un ton très irrévérencieux. L’autobiographie a également été adaptée en film en 2001, et je ne peux que vous conseiller cette passionnante BD qui mérite sa bonne réputation !
  • Le goût du saké – Yasujirô Ozu : le parallèle peut paraître un peu absurde, mais j’ai vraiment senti une similitude dans le traitement des thèmes. Ozu parle de la vieillesse et de la solitude à travers la relation entre le personnage principal et sa fille qui s’occupe de lui depuis toujours et qu’il aimerait voir partir de son emprise pour vivre sa vie dans le Japon des années 50/60. Le sujet est très différent donc, mais comme dans le roman de Zoyâ Pirzâd le film baigne dans une ambiance douce-amère, emprunte d’une certaine tristesse en sous-texte. Il ne s’y passe « pas grand chose », mais c’est une très belle œuvre un peu contemplative si le genre ne vous fait pas peur.
  • Mes seuls dieux – Anjana Appachana : on part en Inde pour ce dernier livre avec un recueil de nouvelles également édité aux éditions Zulma. Le ton est parfois très dur, parfois moins, et traite principalement de la condition féminine en Inde. La tonalité est très proche de celle de C’est moi qui éteins les lumières, et c’est une oeuvre touchante qui m’a bien plu alors que j’ai souvent du mal avec les nouvelles. C’est d’ailleurs également un envoi d’Exploratology, comme quoi !

conseils_zoya


Avez-vous lu ce roman ?
Aimez-vous les œuvres dans lesquelles il y a peu ou pas d’action ?

Publicités

8 réflexions sur “C’est moi qui éteins les lumières – Zoyâ Pirzâd

  1. Je partage tout à fait ton point de vue concernant C’est moi qui éteins les lumières.
    Assez bizarrement, ce livre m’a fait penser à Mad Men: quasiment la même époque et Clarisse a une vie de femme au foyer qui ressemble à celle de Betty Draper. Bref, en effet, la lecture d’un quotidien banal, avec tout de même des petits points intéressants, comme un petit sursaut féministe ou le fait que cela se passe dans la communauté arménienne, mais surtout un quotidien « normal ». En refermant le livre, je me suis dit « Mais c’est quoi, maintenant, le quotidien d’une femme iranienne? ». Bref, je garde de cette lecture un bouleversement à retardement.

    J’ai terminé hier Persepolis 🙂 Comme quoi, on est quand même souvent sur la même longueur d’ondes! Je l’ai trouvé bouleversant, juste, équilibré (et instructif: je ne connais absolument rien de l’histoire de l’Iran!!)

    Et j’ai lu Mes seuls Dieux grâce à Exploratology: j’avais vraiment bien aimé!

    J'aime

    • Ah, je n’ai jamais vu Mad Men ! Mais tu as tout à fait raison, c’est exactement ça. Et c’est vrai qu’on voit que ça a bien changé en lisant Persepolis juste après !
      On est ultra synchro sur nos lectures dis moi 😂

      J'aime

  2. Tu m’énerves ! TT Et je fais comment sans mes sous ? Je veux m’acheter ce livre et ce recueil de nouvelle et les box d’exploratology que j’admire mais je ne me lance jamais dans la commande parce que j’ai toujours peur d’être déçue… En bref en lisant tes chroniques j’ai envie de faire le tour du monde littéraire !

    J'aime

    • Ambroisie, en tant que fidèle d’Exploratology je me permets de jouer à la tentatrice et de te dire de te lancer. Pour ne pas être déçue pour une première fois, tu peux aller dans les anciens envois et choisir un thème qui te correspond. Je pense que d’ici quelques jours il devrait y avoir le thème d’Avril avec comme livre… C’est moi qui éteins les lumières: et hop, d’une pierre deux coups! 🙂

      Aimé par 1 personne

      • Ahah, c’est vrai que le monde des livres est un gouffre sans fond pour le portefeuille !
        Et je ne peux qu’abonder dans le sens de JessP, Exploratology c’est vraiment top, pour l’instant je n’ai pas été déçue une seule fois. Le seul bémol c’est que c’est un peu trop cher pour que je puisse m’y abonner mensuellement, mais à chaque fois que je la reçois c’est vraiment… Parfait, je n’ai pas d’autres mots !
        Mais je ferai sans aucun doute un article dessus dès que possible 😊
        En tout cas ça me fait plaisir de te tenter 😉

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s