Partie de Chasse – Pierre Christin et Enki Bilal

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On se retrouve aujourd’hui autour d’une bande-dessinée franco-belge parue en 1983 et créée par deux monuments du 9ème art : Philippe Christin au scénario, un des réalisateurs de la série de science-fiction Valérian et Enki Bilal au dessin, illustrateur exposé au Louvre en 2013 qui prouve à lui seul à quel point les mondes de l’art officiel et « pop-culture » sont proches.

Le souci quand on découvre ces œuvres déjà passées à postérité, c’est que les attentes sont forcément plus élevées qu’en temps habituel. J’aime la BD mais je connais finalement assez peu le monde des classiques indépendants et un peu alternatifs, alors que la bibliothèque familiale en est remplie (mon père, ce fan de Métal Hurlant et de Tardi). J’ai profité d’un weekend chez mes parents pour découvrir Partie de Chasse, sans rien savoir de l’histoire, et est-ce que cette BD a été à la hauteur de sa réputation ?
Vous le découvrirez dans les prochains paragraphes *roulements de tambour*.

Mais de quoi ça parle ?

L’histoire se déroule en 1983, lors d’une partie de chasse organisée en Pologne réunissant de nombreux dignitaires de l’Union Soviétique ayant tous un rapport avec Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko, un vétéran de la Révolution d’Octobre.
C’est en suivant un jeune interprète français que l’on découvrira peu à peu les histoires de chacun et leur désillusions, alors que les tensions grandissent avant la chasse.

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Mon avis

Je vais commencer par ce qui m’a directement tapé dans l’œil : les dessins sont superbes, tout comme la mise en couleur. Si le trait est relativement classique pour de la BD franco-belge (j’ai feuilleté les œuvres plus récentes de Bilal, il y a bien plus d’expérimentations) il est très maîtrisé et se permet quelques pages captivantes. Je me répète, mais la couleur est magnifique, même si j’ai été un peu perturbée par moments car les personnages se retrouvaient avec les cheveux blancs d’une case à l’autre, comme si la couleur avait été oubliée par endroits. Peut-être est-ce parce que mon édition est la toute première publiée et cela a été corrigé par la suite, ou alors c’est un effet de style que je n’ai pas compris !

Grâce à ce dessin l’ambiance est très réussie, sombre, un peu glauque et parfois même poisseuse, la tension grandit d’une case à l’autre alors même qu’on ne saisit pas encore tous les enjeux. De même, l’unique femme du récit n’est jamais réellement présente, et flotte de manière fantomatique sur tous les personnages, sans qu’on ne la connaisse réellement. C’est limite un peu frustrant mais efficace pour un texte composé principalement de non-dits.

Le scénario est construit à la manière de beaucoup de nouvelles, alternant entre récits ramenant dans le passé et huis-clos entre personnages autour d’un seul événement présent (ici, la chasse). C’est assez bien mené, même si je n’ai pas été complètement convaincue, principalement parce que j’ai parfois eu du mal à garder le fil de ma lecture. Il y a profusion de noms russes, polonais, tchèques et de fonctions diverses et variées, avec en plus de nombreuses références à des dates historiques pour l’union soviétique. L’ennui c’est que je ne suis pas une pro de l’histoire de l’URSS d’avant les années 80, et que je me suis sentie parfois un peu larguée. J’ai commencé par me reporter à internet pour comprendre de quoi il était question, et j’ai fini par abandonner (ça sort trop de la lecture) pour me concentrer sur l’intrigue, quitte à rater un niveau de lecture. C’est un petit peu frustrant, et je pense que je gagnerais à relire cette BD quand je serais plus cultivée sur cette partie de l’histoire européenne.

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Partie de Chasse fut une lecture intéressante mais il m’a manqué les connaissances nécessaires pour l’apprécier complètement en première lecture. Elle plaira certainement plus à ceux qui ne sont pas aussi largués que moi sur la période.
J’en garde toutefois le souvenir d’une intrigue lancinante et mélancolique, ponctuée de pics de violence presque irréelle et servie par un dessin superbe, qui m’a donné envie de découvrir un peu plus l’univers de Bilal.

Partie de chasse – Pierre Christin et Enki Bilal (1983)
Edité chez Casterman, à trouver proche de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Les braises – Sándor Márai : thème et contexte très différent dans ce court roman hongrois dont j’ai déjà parlé ici, mais la construction des deux oeuvres est finalement assez proche. Comme Partie de chasse, Les braises s’articule autour d’une… partie de chasse, même si l’une est présente et l’autre passée. La tension grandit dans chaque texte alors que les retours dans le passé s’accumulent et que les protagonistes discutent « calmement » dans le présent. De même, la présence fantomatique d’une femme hante les personnages mais ne se fait jamais concrète.
  • Blacksad tome 2 : Artic Nation – Juan Diaz Canales : vous connaissez peut-être cette BD qui trône en tête des ventes depuis le début des années 2000, à raison car c’est une oeuvre très chouette composée de cinq tomes semi-indépendants (de scénario parfois un peu inégal malheureusement). Le dessin est absolument sublime, et si je vous parle ici du deuxième tome c’est pour son décor enneigé qui abrite une violence sourde naviguant ici non pas autour de la chute du communisme mais du racisme américain et des suprématistes blancs. Une chouette BD plus grand public que celle de Bilal et Christin.
  • Les Promesses de l’Ombre – David Cronenberg : Je termine avec un film sorti en 2007 qui m’avait beaucoup plu sur la mafia russe au Royaume-Uni. Les implications entre personnages peuvent se rapprocher de celles décrites dans Partie de chasse, et les deux œuvres contiennent une scène de hammam… pas très zen.

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Connaissez-vous cette BD ?
Comment réagissez-vous quand il vous manque des références pour comprendre une oeuvre, passez-vous outre ou faites-vous des recherches ?

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3 réflexions sur “Partie de Chasse – Pierre Christin et Enki Bilal

  1. Je crois que je ne la connais pas celle-ci, je comprends ce que tu veux dire, il y a souvent une certaine difficulté de la compréhension des Bd /films de Bilal, personnellement je me laisse porter par les dessins, je suis très pénible en termes de dessins et la c’est pas moi une grosse valeurs sûres, à tous pt de vu puisque même sans tout saisir, l’essentiel passe.

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