Blankets – Craig Thompson

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J’avais déjà entendu parler de Blankets comme de l’un des meilleurs romans graphiques existants, alors autant dire que mes attentes étaient assez hautes, surtout après avoir récemment lu et aimé Habibi du même auteur.

Avant de passer au vif du sujet, petite interrogation sur la classification en roman graphique ou non. Je dois avouer n’avoir jamais bien saisi ce qui rend une bande dessinée « digne » du terme. D’après Wikipédia il s’agirait d’œuvres longues, plutôt sérieuses et ambitieuses, mais ça me parait un peu vague : je connais divers mangas, comics et BD complètement adultes et ambitieux mais qui ne sont jamais désignés en tant que roman graphique.
Sans vouloir être mauvaise langue (ou juste un petit peu), j’ai un peu l’impression que c’est un terme inventé par des critiques littéraires élitistes qui ne veulent pas dire qu’ils lisent de la BD. « Roman graphique », ça fait plus sérieux que les petits Mickeys.
Bref, appelons Blankets comme on veut, la vraie question c’est évidemment : est ce que c’est bien ?

Mais de quoi ça parle ?

Blankets est un récit romancé et autobiographique de l’enfance et de l’adolescence de Craig Thompson. L’auteur a grandi dans une famille chrétienne ultra rigoriste et une petite ville du Wisconsin tout autant, où la culpabilisation et le rejet de l’autre est omniprésente.
Il se réfugie alors dans le dessin avec son petit frère, puis dans sa relation avec Raina, son premier amour.

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Mon avis

Cette BD est servie par un dessin très expressif, qui paraît un peu simple au premier abord mais sait se déployer quand nécessaire, offrant de très belles pages. Il reste toujours lisible, de sorte que l’on est jamais confus malgré les différents arcs temporels.

L’histoire est quant à elle assez pudique et tranche de vie, sans grandes effusions. Cela fait de Blankets un roman graphique pas particulièrement puissant, ni profond, mais écrit avec beaucoup de tendresse et sans jugement ni pathos, malgré les choses terribles que les enfants ont pu vivre (souvent plus suggérées que montrées). J’ai trouvé difficile de m’identifier à Craig même si toutes ses réactions sont parfaitement crédibles, peut-être car il a tendance à idéaliser sa copine de l’époque qui paraît parfaite voir quasiment sanctifiée par moments.

Tous les émois du premier amour donnent un côté un peu fleur bleue à l’ensemble, presque mielleux. Ce n’est pas forcément un reproche, on plonge ainsi vraiment dans les sentiments du Craig adolescent avec ses idéaux amoureux et ce romantisme exacerbé. Cela reste ainsi dans un aspect très intime : le récit est bon, intéressant mais l’auteur se raconte sans volonté d’universalité.

Blankets aborde également la religion et la manière se construire dans une famille très traditionnelle. C’est intéressant, en particulier sa remise en question des textes bibliques et du dogme, mais finalement les sujets abordés le sont un peu superficiellement. J’ai eu la sensation de papillonner entre plein de petites choses abordées par l’auteur sans jamais y rentrer en profondeur. Ça donne un certain charme à l’oeuvre mais je n’ai pas réussi à y voir le chef-d’oeuvre que l’on m’annonçait.

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Blankets est une jolie lecture, pas aussi mémorable que je m’y attendais (je lui ai préféré Habibi). Il n’est pas forcément original mais reste très sincère et touchant.
C’est finalement un beau récit intimiste sur l’adolescence servi par un dessin très agréable.

Blankets – Craig Thompson (2003)
Edité chez Casterman, à trouver proche de chez vous sur Place des Libraires


Sur le même thème et que je conseille :

  • Habibi – Craig Thompson : en 2011 l’auteur de Blankets sort un nouveau roman graphique aux thématiques bien différentes de son premier. Habibi raconte l’histoire d’une jeune femme vendue petite fille à un scribe. Elle s’enfuit un jour et grandir dans une épave perdue au milieu du désert avec Habibi, un jeune enfant. Ici, on sort du récit intimiste pour se rapprocher du conte de fée, et on s’éloigne de la religion chrétienne pour explorer l’islam à travers les vers du Coran contés de très belle manière. Le talent graphique offre de très belles expérimentations, certaines pages sont à couper le souffle. La BD n’est pas non plus dénuée de défauts et est parfois un peu plus confuse que Blankets, mais je l’ai trouvée bien plus riche et passionnante.
  • Daytripper – Fábio Moon et Gabriel Bá : cette bande dessinée brésilienne conte l’histoire d’un chroniqueur à la rubrique nécrologique à travers dix chapitres relatant autant d’âges de sa vie et se terminant tous par son décès. Le dessin est très agréable, le concept exploité de manière poétique et intelligente. Comme Blankets, c’est une BD très humaine explorant les émois liés à différents moment d’une vie.
  • Le Combat Ordinaire – Manu Larcenet : on part en France cette fois ci avec une BD de Larcenet au visuel très différent de celui de ses dernières œuvres. Récit plutôt intimiste sur la vie d’un jeune photographe de presse, Le Combat Ordinaire parle du passage à l’âge adulte, du quotidien, de la solitude, dans un récit parfois doux-amer et souvent très drôle.

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Avez-vous déjà lu Blankets ?
Utilisez-vous l’appellation « roman graphique », et quels sont vos préférés ?

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7 réflexions sur “Blankets – Craig Thompson

  1. J’avais adoré Blankets, et j’ai tjs en projet d’un jour l’acheter pour l’avoir.
    Après moi je vois une différence entre la Bd, et le roman graphique, et pour moi c’est pas du tout ds le sujet ms ds la forme, plus libre, plus de textes, moins de cases, je pense qu’aujourd’hui la Bd se nourrit beaucoup du roman, ms faut pas oublier qu’à une époque le nombre de cases et même de pages était plutôt figé.
    Après pour moi cependant Blankets appartient davantage à la Bd qu’au roman graphique, ms c’est juste un point de vue.

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    • Je pense que j’avais mis trop d’attentes dans Blankets (surtout après avoir eu une très bonne surprise avec Habibi), je m’attendais à l’adorer et je l’ai « seulement » aimé.

      Je comprends mieux avec ta définition du roman graphique en tout cas.
      Ce qui me perturbe c’est que je vois parfois le terme accolé à des BD tout à fait normales sur la forme mais qui ont eu un succès critique au delà des cercles bédéphiles. Par exemple, je vois parfois Quartier Lointain de Taniguchi considéré comme roman graphique mais d’autres mangas abordant également des sujets adultes non (Solanin par exemple, pour rester dans des thématiques, une longueur et une mise en page plutôt similaire).
      En comics pareil, pourquoi Watchmen serait un roman graphique et pas « juste » une BD ? Parce que effectivement, les chapitres sont entrecoupés de texte non illustré et c’est bavard (pas forcément plus que des Thorgal et compagnie remarque), mais le format est le même que des BD habituelles et la mise en page globalement classique. Idem pour V pour Vendetta, Le bleu est une couleur chaude en francophone…
      Alors effectivement, beaucoup d’œuvres s’éloignent maintenant des critères de la BD d’une époque. Pour moi, le terme faisait certainement sens quand le choix entre Tintin et Moebius était plus confidentiel et restreint. Aujourd’hui j’ai du mal à voir comment choisir l’utilisation ou non de la classification et elle me paraît parfois un peu confuse et élitiste, comme si il y avait les mangas/comics/BD « respectables » et les autres.

      Tu me diras, j’ai peut-être une analyse un peu tirée par les cheveux… (et biaisée par des articles et libraires que j’ai pu croiser au cours de ma vie complètement méprisant sur la bande-dessinée tout en encensant Taniguchi, Thompson et compagnie)
      Tu en penses quoi ?

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  2. Je suis pas une habituée de la critique Bd, du coup, je remarque pas trop, même si je vois bien ce que tu veux dire, et je ne doute pas de ce snobisme sous-jacent. Je ne vois pas quartier lointain comme un roman graphique non plus, il me semble qu’il s’apparente davantage à La Bd occidentale qu’au manga traditionnel, ms encore une fois les frontières sont de plus en plus flou.
    Tamara Drew est pour moi l’exemple du roman graphique. Ms par exemple si je prends un Bilal récent, ( je suis pas sûr que ce soit le dernier), certaines illustrations font toute la page, de plus en plus souvent et le texte quand il y en a, n’est pas ds des »bulles »
    J’ai lu Blankets en premier et j’avais été déçue par Habibi, sans comprendre exactement pourquoi d’ailleurs.

    Aimé par 1 personne

    • Ah oui, je n’arrivais pas à trouver d’exemple mais en effet Tamara Drew c’est complètement du roman graphique.

      En tout cas je suis d’accord avec toi, les frontières sont de plus en plus floues (et ce n’est plus mal !)

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  3. J’étais en train de me dire que de toutes façons le roman graphique n’est ni plus ni moins qu’un sous genre de la bande-dessinée.
    Et il y a sans doute le côté « adulte » du terme qui rassure certains en opposition avec la BD qui est supposé enfantine, même si c’est loin d’être aussi simpliste.

    Aimé par 1 personne

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