Le Grand Sommeil – Raymond Chandler

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Je lis généralement peu de romans policiers, mais celui-ci m’intriguait depuis longtemps puisqu’il figure parmi les grands classiques américains. Sa traduction par Boris Vian et son adaptation par Howard Hawks avec Humphrey Bogart, Lauren Bacall et William Faulkner au scénario ont achevé de me donner l’envie de le lire.
Alors en effet, c’est un monument du genre, mais je ne peux m’empêcher d’être un peu déçue après avoir terminé le dernier chapitre de ce roman noir.

Mais de quoi ça parle ?

Philip Marlowe est détective privé, et embauché par le général Sternwood pour démêler une affaire de chantage impliquant certainement ses deux filles, Vivian et Carmen.

Vers dix heures et demie, le petit orchestre mexicain à foulards jaune se lasse de jouer une rumba douce et sophistiquée que personne ne dansait. Le joueur de maracas se frotta les doigts comme s’ils lui faisaient mal et mit une cigarette à sa bouche, presque du même geste. Les quatre autres, d’un mouvement calculé et simultané, se baissèrent pour prendre sous leurs chaises des verres qu’ils burent en claquant des lèvres et en roulant leurs yeux… De la tequila, selon leur mimique ; et très probablement de l’eau minérale en réalité. Leur comédie était aussi inutile que leur musique. Personne ne les regardait.

Mon avis

Commençons par le positif : l’auteur et le traducteur offrent un récit bourré d’humour, porté par une atmosphère sombre certes aujourd’hui vue et revue mais qui donne néanmoins un côté suranné très sympa. Les répliques fusent et certaines sont très drôles, le genre que l’on imagine de suite prononcées avec un petit accent parigot (même si en l’occurrence c’est américain), et l’intonation caractéristique du son des vieux films.
Il y a quelque chose de très cinématographique dans ce roman, tout étant très graphique et mit en scène. Je suis sûre que l’adaptation doit être très sympa ! C’est très visuel, les méchants ont une identité graphique également très marquée même si leur caractérisation réelle est plutôt inintéressante. D’ailleurs, mis à part des deux filles du général Sternwood j’ai eu grand mal à m’intéresser aux autres personnages, détective compris.

Ce qui m’amène à un point qui me laisse mitigée : c’est extrêmement cliché. Les femmes ont toutes des jambes longues et élancées (ce qui ne va pas tarder à devenir le running gag de mes lectures) et ne peuvent être que femme-enfant ou femme-fatale (j’exagère un poil, mais il est vrai que les rôles principaux féminins sont assez caricaturaux). Toutes souhaitent aussi, bien évidemment, se jeter dans les bras du ténébreux détective. Le héros est lui gouailleur et mystérieux et passe ses aventures pluvieuses et brumeuses à côtoyer malfrats tous plus clichés les uns que les autres. Bref, c’est du vu et revu, sauf que… eh bien c’est le tout premier polar noir et c’est lui qui a posé les bases du genre pour être ensuite copié jusqu’à l’infini sur toutes les décennies suivant sa parution. Donc si aujourd’hui, c’est en effet sans surprise, ce n’est vraiment pas quelque chose que l’on peut lui reprocher. D’ailleurs, même s’il a inauguré le genre, ça ne lui empêche pas d’être bien meilleur et plus agréable à lire que nombre de ceux qui s’en sont inspirés !

Ce qui ne m’empêche pas de lui reprocher plusieurs points qui eux, n’ont pas l’excuse de son statut précurseur : déjà, en plus du sexisme latent (encore qu’il y a pire puisque, encore une fois, les personnages féminins sont plutôt chouettes : mais elles s’inscrivent dans une tradition dont je me demande si la création revient à Chandler) il y a de l’homophobie elle carrément explicite au cours d’un court chapitre aux propos assez violents.
Et en dehors de ces paragraphes inexcusable, je reproche aussi à l’histoire d’être un poil… chiante. Je me suis honnêtement très vite désintéressée de l’intrigue pour me concentrer sur le ton et l’ambiance, mais c’est fort dommage puisque c’est typiquement le style d’enquête où il vaut mieux suivre : il se passe beaucoup de choses et que ça part un peu dans tous les sens !

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Le Grand Sommeil – Howard Hawks (1946)

Bref, c’est une lecture qui me laisse mitigée : très sympa à lire pour l’ambiance, l’humour et le côté historique de la création du polar noir, mais très vieillotte sur bien des aspects et à l’intrigue qui m’a désintéressée.
Si vous aimez les ambiances surannées des années 30 et empruntes de gouaille et de sexualité : vous aimerez sûrement. Sinon, ce n’est peut-être pas la peine.

Le Grand Sommeil – Raymond Chandler (1939)


Sur le même thème et que je conseille :

  • Laura – Otto Preminger (1944) : super film noir qui n’a pas pris une ride. L’intérêt principal : Laura, la figure féminine planant sur l’enquête de sa mort et qui fait tomber amoureux le détective chargé de l’enquête (ce qui est assez glauque et bizarre, certes). Son personnage est très chouette et fait tenir toute l’œuvre sur ses épaules d’ailleurs. Un film très sympa pour accompagner des après-midi pluvieux !
  • Le Dalhia Noir – James Ellroy (1987) : ce livre, est également une semi-déception puisqu’il cristallise tous les codes du thriller et du roman noir avec son enquêteur fasciné par la figure de la jeune fille morte (décidément), ténébreux et alcoolique… ce sont des clichés que je trouve terriblement agaçant mais c’est indéniablement un classique du genre, au même titre que le roman de Chandler.
  • Boulevard du Crépuscule – Billy Wilder (1950) : Billy Wilder est l’un de mes réalisateurs préférés et ne m’a pour le moment pas déçue une seule fois. Alors forcément, quand il s’empare du genre, eh bien ça me plaît. Les réparties fusent avec naturel et drôlerie, les personnages sont attachants et arrivent même à émouvoir par moments. Bref, un sans-faute.

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Avez-vous déjà lu ce roman ?
Quels sont vos polars favoris ?

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6 réflexions sur “Le Grand Sommeil – Raymond Chandler

  1. Très bel article, vraiment ! Je trouve tes arguments pertinents et nuancés, ça fait plaisir. Je n’ai pas lu ce roman mais j’ai lu Le Dahlia noir qui même s’il ne pas pas passionné, reste vraiment un classique du genre. Impossible de passer à côté. Bonne journée à toi !

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai lu le Dahlia noir il y a qqs années en me disant que c’était un grand classique du genre et j’ai été un peu déçue. Mais bon, j’accroche rarement aux policiers de toute façon.
    Même si tu en parles merveilleusement bien, tout aussi bien des défauts que des qualités, je n’ajoute Le grand sommeil à ma PAL.
    Mais je trouve ça intéressant qu’un précurseur puisse être perçu ensuite comme une sorte de caricature du genre qu’il a initié! Merci pour toutes ces informations que j’ai toujours la flemme d’aller chercher mais qui permettent de bien re-contextualisé un livre.

    Aimé par 1 personne

    • Je suis tout à fait comme toi, pas une grande fan de policiers, donc effectivement je ne te conseille pas de lire Le Grand Sommeil si tu n’as pas non plus accroché au Dalhia Noir !
      Merci beaucoup pour le compliment ♥
      Et c’est vrai que c’est assez amusant de constater ça, je me demande quels autres romans peuvent être concernés pour les autres genres ?

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      • Je me dis que ça peut être le cas avec des vieux romans de SF: il y en a eu tellement depuis que l’arrivée des petits hommes verts ne fait plus frémir grand monde 🙂 Peut-être aussi avec de la fantasy, où tu as l’impression que toutes les 4e de couverture te parlent du même livre. Ou alors le mum porn, avec 50 shades of grey et toutes ses copies. Même chose avec Twilight et la bit litt. Mais il s’agit de genre que je ne connais qu’assez peu.
        Je me demandais si ça pourrait arriver avec Harry Potter, par ex, qui a quand bien secoué la littérature jeunesse et qui a depuis eu plein de petites frères plus ou moins magiciens. Spontanément, je réponds non, mais je ne suis peut-être pas très objective 😉

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        • Oui c’est vrai, d’ailleurs il y a un certain nombre de classiques de la SF ou de la fantasy qui m’ont laissé de glace… mais il y en a aussi d’autres qui gardent après les décennies leur statut de classique précurseurs et sont toujours aussi agréable à lire donc j’aurai tendance à dire que ça sera pareil pour Harry Potter (mais je suis moyennement objective aussi….).
          Plus sérieusement, je pense que les classiques des romans jeunesses sont dans un cas un poil différent, ne serait-ce que parce qu’à 9/10 ans on a pas les même références qu’adulte… et donc que c’est rare qu’on connaisse déjà beaucoup d’œuvres inspirées des précurseurs ! (Il n’y a qu’à voir comme Le club des 5, Fantomette, les malheurs de sophie et compagnie ont toujours du succès)

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