3 romans qui revisitent mythes et contes

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Il était une fois… l’accroche la plus connue du monde.
Les contes bercent l’imaginaire de tous depuis l’enfance, dans un socle commun de morales et de connaissances. C’est bien la raison pour laquelle les réécritures de mythes et légendes ont généralement autant de succès : elles touchent à une partie très profonde de notre inconscient et nous ramènent à l’époque où lire Grimm ou l’Odyssée pouvait être tout aussi grisant que terrifiant. Après tout, on apprend très tôt que la petite sirène se transforme en écume et que non, ce n’est pas juste.
Les contes et légendes sont censés nous apprendre des leçons de vie, si ce n’est de morale (ils sont d’ailleurs souvent particulièrement amoraux), et leurs réécritures ont quelque chose de fascinant : comment changer ce que l’on connaît tous, sans faire contre-sens ?

Aujourd’hui je vous propose donc trois réécritures : l’une de contes européens, l’autre d’un mythe grec et la dernière d’une légende indienne.


le_livre_des_choses_perduesLe livre des choses perdues
John Connolly
(2009)


J’ai lu ce premier roman il y a quelques années grâce aux conseils avisés d’une amie et ce fut directement un coup de cœur, se hissant parmi mes livres fantastiques et fantasy favoris. Je n’en gardais paradoxalement que très peu de souvenirs et à force de lire des avis positifs sur le net, je me suis dit que j’allais profiter de l’été pour m’y replonger. J’ai bien fait puisque c’est à nouveau un immense coup de cœur, que j’espère rapidement oublier pour le redécouvrir à nouveau dans quelques années !
Le livre des choses perdues est une relecture d’énormément de contes et de légendes européens, de Grimm aux Gestes médiévales… sous un regard très, très sombre.

David est un jeune garçon de douze ans vivant très mal la mort de sa mère et l’arrivée de Rose, la nouvelle épouse de son père et Georgie, son demi-frère. Il commence d’ailleurs à entendre une étrange voix qui l’entraîne au fond du jardin, dans un monde peuplé des contes qu’il lit à longueur de journée…

Les murmures des livres s’amplifièrent, leurs voix se mêlèrent en un grand cœur joyeux car ils savaient qu’une histoire était sur le point de finir et qu’une autre allait bientôt commencer.

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Little Red Riding Hood and the Wolf in the forest – Carl Larsson (1881)

Ce roman est fantastique (dans tous les sens du terme) et je ne vois que très peu de chose à y redire (mis à part un passage qui m’a paru franchement grossophobe). C’est un texte à la fois jeunesse (à partir de la fin du collège au minimum, tout de même) et adulte, emprunt d’une violence parfois très choquante et, ce qui n’est pas si courant dans un livre, vraiment terrifiante. Le livre des choses perdues nous met face à certaines de nos peurs les plus profondes et en cela c’est bien un véritable conte, inquiétant et malsain. Il reprend différentes histoires de manière bien tarabiscotée comme un petit chaperon rouge terriblement glauque, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte.
Je l’ai dévoré d’une traite à la relecture, il m’a même fait veillé jusqu’au petit jour pour pouvoir le terminer. L’antagoniste principal est puissant et fascinant, le jeune héros possède une évolution crédible et touchante. Tout est très juste dans ce texte, jusqu’à la fin.
John Connolly ne pouvait pas faire plus classique, que ce soit dans la trame du roman où les légendes qui le traversent, et pourtant il nous livre un texte unique en son genre, loin des réécritures un peu « faciles ». C’est terrible et intelligent, pas particulièrement surprenant mais le rythme, les personnages et l’ambiance en font définitivement un classique à venir. La traduction est également excellente, alors en anglais ou en français, foncez sur ces contes cauchemardesques !


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Un visage pour l’éternité
C.S. Lewis
(1956)


Cap pour la Grèce à présent, à travers le célèbre mythe tiré des Métamorphoses d’Ovide de Psyché, la plus belle femme du monde, et Éros. Ici Psyché s’appelle Istra, et le conte est narré par sa sœur aînée Orual, rôle mineur et anonyme du conte d’origine, rendue par l’auteur fort laide pour cette réécriture.

Vous connaissez probablement C.S. Lewis pour les chroniques de Narnia, un des roman jeunesse les plus vendu au monde (et dont j’empruntais le premier tome périodiquement au CDI lorsque j’étais en sixième). J’adorais ce conte d’hiver empli de magie mais pour être honnête je n’ai jamais vraiment accroché à la suite, trop axée sur la religion et moins intéressante à mon goût.
Celui-ci, je l’ai découvert au hasard : le titre était intriguant et je ne savais absolument pas que l’auteur avait écrit quelque chose en dehors de Narnia.

Il n’y a pas de créatures aussi nuisibles à l’homme que les dieux. Qu’ils répondent à mon accusation s’ils le peuvent. Peut-être, au lieu de me répondre, vont-ils me frapper de folie ou de lèpre, me changer en bête, en oiseau ou en arbre. Mais alors, le monde entier ne saura-t-il pas que c’est parce qu’ils n’ont pas de réponse ?

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Hylas et les Nymphes – John William Waterhouse (1896)

Tout comme le premier livre de la sélection, c’est un roman que j’ai tout de suite adoré mais dont je ne garde pas de souvenirs si vivaces (je me le réserve d’ailleurs pour le relire cet hiver), ce qui ne m’empêche pas de vous le conseiller sans hésiter.
C’est un texte qui parle avant tout d’amour, sans se concentrer sur celui pur et beau du mythe originel. L’amour d’Orual est étouffant, possessif et démesuré, tandis qu’elle souffre d’une vie de solitude. Cela parle aussi des dieux et de leur influence sur la vie des hommes, de la religion et de la foi, des sensations et de la raison.
Si mes souvenirs sont bons, le texte souffre de quelques (rares) longueurs et d’une fin pas à la hauteur du reste du roman, mais c’est surtout un livre qui m’a touchée en dénonçant la cruauté des dieux et des hommes.
Le style est classique, aussi prenant et limpide que dans les chroniques de Narnia même si le ton est fondamentalement plus adulte. C.S. Lewis m’a d’ailleurs sacrément surprise ; j’avais de lui l’image d’un auteur chrétien à la limite du prosélytisme (limite bien franchie dans certains tomes de sa saga pour enfants d’ailleurs), ici le regard sur la religion est bien loin d’une vision manichéenne. Tant mieux !

Le livre est écrit comme le plaidoyer d’Orual pour que le monde et les dieux entendent enfin sa version de l’histoire et non celle encore et toujours contée : en cela, cette réécriture est une véritable tragédie grecque, mais c’est surtout et avant tout un roman émouvant et trop méconnu.


palais_des_illusionsLe palais des illusions
Chitra Banerjee Divakaruni
(2008)


Ce dernier roman s’appuie sur l’épopée indienne du Mahâbhârata, une mythologie hindoue majeure relatant la grande guerre entre deux branches d’une famille royale se battant pour la conquête du pays. C’est un texte gravitant majoritairement autour de figures héroïques masculines comme Krishna mais qui comprend certains personnages féminins très importants.
Le Palais des Illusions reprend l’intégralité de cette légende du point de vue de l’une d’entre elles, la princesse Draupadi, destinée dès l’enfance à épouser les cinq plus grands héros de son temps mais également à déclencher la plus terrible des guerres.

Si Krishna et moi nous entendions si bien, c’était peut-être à cause de la couleur de notre peau ; nous étions très sombres tous les deux. Dans une société patriarcale qui regarde de haut tout ce qui n’a pas la teinte du lait et des amandes, c’était pour le moins regrettable, surtout pour une fille.

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Illustration du Mahâbhârata – Warwick Goble (1913)

On est là dans un des thèmes mythologiques les plus contés à travers les siècles : le destin, et ce qu’il advient quand l’on tente de le fuir… ou de le précipiter. Des tragédies grecques aux romans Young Adult actuels, on retrouve le sujet partout sans qu’il paraisse jamais lasser ; est-on vraiment maître de son destin ?
De tous les romans présentés ici, c’est de loin celui dont je connaissais le moins la légende originelle. C’était certes un peu frustrant par moments puisque je n’ai pas pu comparer pour analyser la réécriture, mais c’était aussi complètement immersif et passionnant, ne sachant rien des multiples rebondissements. J’ai fait quelques nuits blanches pour le terminer, pesté contre les choix des héros et été émue par leurs conséquences.
C’est un texte très riche, où il peut être au début un peu compliqué de naviguer entre les différents noms des personnages. L’écriture est puissante et addictive et rend parfaitement l’aspect épique de l’épopée, avec également beaucoup de poésie.

L’autre qualité majeure du roman est son personnage féminin, une vraie réussite. Elle est écrite tout en nuances, loin d’une poupée parfaite ou d’un monstre de défauts. C’est une femme attachante qui prend parfois de (très) mauvaises décisions, mais jamais ne perd son humanité.
Bref, Le palais des illusions est une vraie pépite, qui prend certainement une autre dimension quand on connaît déjà le Mahâbhârata mais qui se lit avec avidité même sans ça !


Avez-vous déjà lu ces romans ?
Connaissez-vous d’autres réécritures de mythes et légendes ?

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11 réflexions sur “3 romans qui revisitent mythes et contes

  1. J’ai bien entendu lu Le Palais des illusions et ton avis correspond parfaitement au mien! Je me rappelle avoir eu du mal avec les noms, je confondais parfois les noms des personnages avec ceux des lieux, ce qui ne facilite pas vraiment la compréhension! 🙂 Et comme toi, je ne suis pas familière de la version originale de ce conte (que j’ai du coup bien envie de découvrir), je passe donc un peu à côté de l’aspect « réécriture ».
    Je ne connais pas les deux autres livres. Je crois que Les choses perdues me tente plus que Un visage pour l’éternité; j’aime beaucoup l’idée de retrouver plusieurs contes réinterprétés, mais comme je suis une vraies chochote, l’aspect « violence choquante et terrifiante », selon tes propres mots, me fait tout de même hésiter.

    Aimé par 1 personne

    • Pareil que toi pour le Palais des Illusions !
      Mmmh, pour le Livre des choses perdues, je dirai que comme c’est une violence imaginaire dans l’ensemble ça reste surmontable pour un adulte (j’ai eu peur comme devant un film fantastique un peu horrifique on va dire, les scènes de violence décrites ne peuvent pas vraiment se retrouver dans notre monde – ou rarement -). Disons que si tu n’aime pas duuuu tout les ambiances un peu horrifiques ce n’est pas la peine, si c’est les violences très réalistes que tu fuis ça devrait aller. Si jamais je peux essayer de te retrouver un passage et te l’envoyer en MP que tu te fasse une idée 🙂

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