7 lectures Hivernales

froid.png

L’hiver est bien entamé et le temps se fait parfois long avant le retour des beaux jours et des verres en terrasse. D’ici l’arrivée du printemps, autant profiter encore un peu des charmes de la saison : pour moi, lire un bon livre dépeignant des températures glaciaires n’a jamais autant d’attrait qu’à cette période ! Pour lire les aventures de ceux qui bravent le froid, rien de tel que d’être bien installé dans le confort de son chez-soi, en pyjama moelleux ou sous un plaid, avec un thé ou un chocolat chaud, accompagné par le vent qui souffle ou la pluie qui frappe sur les fenêtres.

C’est pourquoi je vous propose quelques romans dans le thème et pour tous les goûts, à déguster bien au chaud !


vierge_froide.png

Pour… un conte hivernal

La vierge froide et autres racontars
Jørn Riel
(1974)

En Arctique, loin de tout, les chasseurs se racontent histoires et racontars pour passer le temps. C’est ce que l’auteur rapporte dans ces nouvelles, petits contes tantôt drôles, tantôt poétiques.

Après le café, allongés, ils laissèrent le schnaps leur réchauffer le sang dans tout le corps et prirent plaisir au magnifique spectacle. La glace étincelait et flamboyait dans la lumière du soleil ; la grande coulée de glace, par laquelle ils étaient montés, mouillait comme un long coup de langue la vallée couverte d’herbe. Ils voyaient les sommets des montagnes de la côte, pointus comme des alênes, et la mer qui était verte et ressemblait plutôt à une prairie de printemps.

C’est un recueil assez atypique et qui m’a bien plu même si je l’ai trouvé peut-être un poil anecdotique. On dirait une petite parenthèse littéraire loin de tout, où les chapitres se suivent sans forcément se ressembler. Dans l’ensemble c’est assez drôle, parfois complètement absurde et d’autres fois très, très noir (la dernière nouvelle est absolument terrible). Comme souvent avec les nouvelles c’est un peu inégal, mais c’est si court qu’il serait dommage de se priver !


foret.png

Pour… une aventure glaciale

L’appel de la forêt
Jack London
(1903)

Un classique animalier qu’on est, je pense, beaucoup à avoir lu enfant ! C’est grâce à l’abonnement Exploratology que j’ai pu le redécouvrir, il y a quelques années, dans une très belle édition. Alors, ça donne quoi de retourner sur les glaces, à tirer un traîneau contre vents et tempête entouré de ses amis canins ?

Son odorat lui révélait le passage d’ êtres vivants sur les traces desquels il courait. Le silence absolu de la forêt le frappa ; les oiseaux avaient fui et les écureuils se cachaient au creux des arbres.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en relisant ce roman puisque je n’en gardais aucun souvenir. C’était finalement une très belle découverte, parfaite pour ressentir les frissons du grand nord bien au chaud sous la couette ! La grande force de London est de ne pas avoir donné à Buck des traits trop humains. C’est un chien et les aventures du roman sont celles d’un animal, pas d’un esprit humain enfermé dans un corps animal. L’écriture de l’auteur est parfaite et n’a pas vieilli d’un iota : entre ça et mon coup de cœur pour Martin Eden, je pense qu’il est grand temps que je le découvre plus en détails.
Bref, un chouette roman d’aventures qui mérite son titre de classique !


perseverer.png

Pour… de l’exploration polaire

Persévérer
Jean-Louis Étienne
(2015)

On s’éloigne momentanément des romans avec un témoignage d’explorateur, et pas des moindres ! Jean-Louis Étienne a marché seul sur la banquise pendant une soixantaine de jours en 1986 afin d’atteindre le Pôle Nord.

Six bœufs musqués nous fixaient à une centaine de mètres, serrés flanc contre flanc, immobiles dans le vent. Non, je n’étais pas au cinéma, j’étais en chair et en os sur l’île d’Ellesmere, aux portes de l’Arctique. La vision de ces animaux sauvages me redonna du courage. Le désert glacé m’accueillait. Je n’aurais laissé ma place pour rien au monde.

Ce n’est certes pas un roman, mais c’est au moins aussi passionnant. J’ai découvert ce texte grâce à Exploratology (encore) en plein hiver, et je me souviens l’avoir dévoré avec d’autant plus de délices que j’avais à disposition lit douillet et thé bien chaud pendant que ce pauvre explorateur se gelait les miches au fil des pages.
C’est impressionnant et fascinant, pour l’aventure comme la machinerie scientifique qui l’aide à tenir le coup !


esquisse_reve.png

Pour… de l’historique rigoureux

L’esquisse d’un rêve
Kristín Marja Baldursdóttir
(2008)

Encore un roman découvert grâce à Exploratology, fichtre alors ! Cap pour l’Islande au début du XXe siècle où Karitas, issue d’une famille modeste salant le poisson, rêve de changer de vie.

La matinée est bien avancée. La lumière ensommeillée se glisse par la fenêtre à l’est, paresseuse au plus sombre de l’obscurité hivernale. Je suis seule dans la petite chambre. Ecoute, n’entends rien d’autre que les cris des oiseaux de mer. J’ai le sentiment d’être abandonnée. Me lève en sursaut, me précipite en chemise de nuit dans la cour herbeuse. L’océan s’ouvre devant moi aussi loin que porte le regard.

Je ne connais pas du tout la culture islandaise mais ce roman rude et farouche m’a donné l’envie de plus la découvrir. Il y a beaucoup d’épreuves dans ce roman, fascinant mais quelque fois un peu difficile d’accès : le style d’écriture est très froid, à l’image des conditions météo. C’est envoûtant même lorsque les choix de l’héroïne semblent incompréhensibles, et le vent glacé mord à travers toutes les pages.


pays_neige.png

Pour… de la poésie enneigée

Pays de Neige
Yasunari Kawabata
(1937)

Après le Danemark, le Canada, le Pôle Nord et l’Islande, c’est parti pour un pays au climat moins gelé avec le Japon. Dans ce roman très contemplatif, le personnage principal se retire dans une station thermale à la montagne afin d’y trouver à la fois la purification et l’amour.

Elle porta son regard vers le ciel, qui avait la pureté d’un cristal. Au loin, sur les montagnes, la neige avait une tonalité crémeuse et tendre et se voilait, eût-on dit, d’une mousseline de fumée.

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman doux et tranquille, que je ne vous conseille pas de lire en mal d’aventures. C’est un texte très beau, poétique et fort de descriptions du paysage où l’histoire d’amour se déroule de manière plutôt paisible. L’ensemble est d’ailleurs très apaisant (voire lénifiant si vous n’êtes pas réceptifs) et c’est un roman franchement charmant. Le froid n’est pas ici un ennemi comme il peut l’être dans d’autres romans de la liste. Il est juste présent, dans toute sa beauté et sa mélancolie. Vous savez, quand vous sortez dans un extérieur enneigé et que tout semble apaisé et silencieux ? C’est un peu ce sentiment que l’on retrouve ici.


palais_glace

Pour… un drame frigorifié

Palais de Glace
Tarjei Vesaas
(1963)

Escale en Norvège cette fois-ci, dans une ambiance bien moins apaisée que celle du roman précédent. Siss et Unn sont deux petites filles, liées par une amitié plus forte que tout et par leur exploration d’un palais de glace.

La glace qui couvrait le lac était si étincelante qu’elle ne semblait pas exister. Une glace d’acier. Pas le moindre flocon de neige n’était tombé depuis sa formation.

C’est un beau roman qui brise un peu le cœur par moments, glacé dans tous les aspects possible. Il y a quelque chose de très frustrant dans cette histoire un peu opaque et portée par de beaux passages mais dont la brièveté empêche de s’y plonger totalement. C’est un joli texte très court, marquant sans tout à fait l’être, définitivement intéressant.


sukkwan.png

Pour… un thriller grelottant

Sukkwan Island
David Vann
(2008)

J’ai déjà parlé brièvement de ce roman dans mes flops du mois de décembre et pourtant je le conseille aujourd’hui car c’est indéniablement un texte intéressant. Après de nombreuses déconvenues, Jim décide d’emmener son fils de treize ans avec lui en Alaska, afin de vivre dans une cabane isolée pendant un an et de se reconnecter. Ça va rapidement tourner mal, mais à quel point ?

A travers la ramure des arbres, il aperçut quelques étoiles pâles, mais bien plus tard, après que le ciel se fut découvert. Il avait froid et il frissonnait, son cœur battait toujours, la peur s’était ancrée plus profond, s’était muée en une sensation de malédiction, il ne retrouverait jamais la route vers la sécurité, ne courrait jamais assez vite pour s’échapper.

Sukkwan Island m’a fascinée (j’ai lu le roman en une journée seulement) autant que révulsée. Le personnage principal est l’un des plus horripilants que j’ai jamais rencontré en littérature et il ne s’est pas passé une seconde sans que j’ai des envies de meurtre.
C’est autrement difficile d’en parler sans trop en dire : je me contenterai de dire que c’est un texte à réserver à un public averti (vraiment) et vraiment malsain. Je me suis demandée à quel point ce n’était pas trop voyeur et complaisant par moments.
C’est un roman réussi mais qui m’a retourné l’estomac, qui peut plaire comme dégoûter. À vous de voir si vous voulez tenter !


Alors, prêts à affronter le froid ?
Connaissez-vous d’autres lectures gelées ?

Publicités

13 réflexions sur “7 lectures Hivernales

  1. Je dis oui, oui, et encore oui pour La vierge froide et autres racontars et L’appel de la forêt ! J’ai découvert ce dernier en décembre, donc ça ne fait pas si longtemps. Quant au premier livre cité, je l’ai lu durant le milieu de mon adolescence et même si, comme tu dis, ça semble anecdotique, je trouve que ce recueil de nouvelles est super agréable, et l’humour m’a bien fait rire, même si ce n’est pas tout le temps le cas. (j’aimerais bien le relire maintenant que j’en parle)

    Je n’ai pas encore découvert les autres.

    Aimé par 1 personne

  2. Une lecture bien enneigée sous la couette, avec un bon thé bien chaud: un de ces petits moments que j’adore!

    Parmi ta sélection, j’ai bien évidemment lu et adoré le tome 1 de Karitas (le tome 2 est vraiment très bien aussi, dans un style un peu différent), La vierge froide (j’ai passé un bon moment de lecture, mais rien d’inoubliable), Pays de Neige est dans ma PAL et après Martin Eden, l’Appel de la forêt également 😉

    Je relance de quelques livres: Boréal et Banquise de Paul-Emile Victor, qui racontent la vie de l’auteur au milieu des Esquimaux à une époque où les échanges avec le reste du monde étaient assez limités (les livres tiennent plus du carnet de voyage scientifique que du roman, il sont publiés dans la même collection que Persévérer), L’Etrangère aux yeux bleus de Youri Rytkheou, un vrai roman cette fois, qui suit une ethnographe qui part nomadiser avec une tribu tchoukteche (un véritable coup de cœur, je te le conseille +++!), Imaqua de Jensen, qui nous montre la vie d’un instit’ danois qui se retrouve au Groenland (hyper intéressant, j’y ai appris plein de choses, mais je n’ai pas vraiment accroché à l’histoire) et je termine avec le Dernier lapon d’Olivier Truc, un policier qui se déroule dans la région des Sami et qui pour le coup te donne vraiment très froid!

    Et je te plussoie: les « nouvelles » couvertures des Gallmeister sont vraiment très belles!

    Aimé par 1 personne

    • Alors, tu as pensé quoi de Martin Eden ? 🙂

      Je ne connaissais aucun des livres que tu mentionne et je rajoute directement l’Etrangère aux yeux bleus à ma liste d’envie, merci !

      C’est vraiment une maison d’édition qu’il faut que je découvre plus (je sais que tu l’adore, en plus), ils ont une ligne éditoriale vraiment intéressante !

      J'aime

  3. Bonjour, alors le premier de ta liste pourrait me tenter, sans doute pour le côté conte.
    J’avais bien aimé le palais de glace même si effectivement il laisse sur notre faim.
    Faudrait que je relise l’appel de la forêt, et pareil pour Pays de neige j’en garde de bon souvenirs mais assez lointains.
    Quand à David vann j’ai toujours voulu le lire, faudra que je tente.

    Rien à voir ms j’ai vu que tu n’avais pas aimé Amours de léonard de recondo et je dois avouer avoir exactement le même ressenti, je m’étais senti un peu laissé à la lecture, surtout que pour moi il n’y a aucune subtilité, elle martelle ces références littéraires, ça m’a énervée.

    Aimé par 1 personne

    • J’espère avoir ton avis sur David Vann si tu le lis alors !

      Ça me fait plaisir qu’on partage le même avis sur Amours, je ne lis que des critiques positives donc je me sentais très seule.
      Et c’est exactement ça, pas du tout de subtilité (ni vraiment de substance amha)

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s