De l’écrit à l’écran : À l’Est d’Eden

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Voici aujourd’hui le premier article consacré à la comparaison entre un livre et son adaptation à l’écran ! Je suis plutôt littéraire dans l’âme, mais le cinéma et les séries ont toujours tenu une place considérable dans ma vie ; l’envie de réunir ces deux passions me tentait depuis longtemps. Et quoi de plus naturel que de commencer avec l’un de mes romans préférés, À l’Est d’Eden de John Steinbeck, et le grand classique qu’est son adaptation par Elia Kazan avec le célèbre James Dean ?

Voir une adaptation d’un livre adoré est toujours un exercice un peu périlleux, mais je partais en confiance : le film est souvent décrit comme un chef-d’oeuvre du septième art. Finalement eh ben… meh.

Le livre
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À l’Est d’Eden
John Steinbeck
(1952)

À l’Est d’Eden suit la vie d’une famille californienne et de ses proches pendant plusieurs générations au début du XXème siècle.

J’ai découvert le roman il y a un peu plus d’un an, grâce à une amie me l’ayant vivement conseillé : à raison puisque c’est l’un des plus gros coup de cœur littéraire que j’ai jamais eu. Les personnages sont sublimes, Steinbeck est profondément humaniste et dépeint des caractères qui semblent toujours vrais, même lorsqu’ils sont à la limite de la caricature. Une « héroïne » en particulier aurait été un monstre absolu et incarnation chez beaucoup d’auteur… ici elle est parfois presque attachante, sans non plus que ses actions soient minimisées !
Les nombreux thèmes du livres sont traités très finement et se paient en plus le luxe de ne pas être moralisateurs ou assommants : non, À l’Est d’Eden est un vrai page turner dont j’ai enfilé les quelques sept-cent pages en moins d’une semaine tant j’étais prise par l’histoire (j’ai même versé ma petite larme).
C’est un livre dont je peux difficilement parler de manière objective ; mon coup de cœur est trop absolu. Il faut certes aimer les longues fresques familiales mais alors quel voyage ! Un roman gigantesque, magnifique, -ajoutez superlatif-, bref, un des plus beaux romans du monde. Oui oui, rien que ça.

***

Le film
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À l’Est d’Eden
Elia Kazan
(1955)

Forcément, je ne m’attendais pas à être emportée et touchée aussi profondément par son adaptation. Deux heures, c’est bien peu : les simplifications sont obligatoires et je ne demandais pas à voir sur écran l’intégralité de l’histoire. Heureusement d’ailleurs, puisque le film choisit de se concentrer sur la quatrième et dernière partie du roman : celle décrivant la relation entre deux frères, Cal et Aaron. Le premier est tumultueux, colérique, « à problèmes » ; le second est doux, lumineux, « parfait ». Je n’en dit pas plus puisque tout détail supplémentaire spoilerait le roman !

J’ai laissé passer plus d’un an entre la lecture d’À l’Est d’Eden et son visionnage, histoire de ne pas être encore trop marquée de l’empreinte de l’original pour découvrir l’adaptation. J’étais plutôt enthousiaste de le découvrir, d’autant que c’est la première fois que je voyais un film de James Dean. Finalement ? C’est un film bien réalisé qui comprend de chouettes idées de réalisation (et plusieurs très beaux plans), les acteurs sont dans l’ensemble très bons mais… j’ai eu du mal à être vraiment transportée.
C’est un film très classique et pas dans le bon sens du terme : les personnages sont lissés, certains perdent vraiment de leur intérêt (dont l’une de mes préférées, ouin), et sans même comparer avec l’original c’est… un peu monotone. Le dernier segment mis à part, j’ai eu beaucoup de mal à m’impliquer dans l’histoire et à savoir ce que le film voulait me mener… et encore, ayant lu le roman je m’en sortais à peu près, sans ça je me demande ce que j’en aurai pensé ! L’intensité dramatique n’est pas vraiment là (mis à part quelques très belles scènes) et si James Dean ne figurait pas au casting (et ne donnait pas un peu plus d’âme à l’ensemble) je ne suis pas sûre que j’aurai retenu grand chose d’À l’Est d’Eden, le film.

Je suis dans l’ensemble, donc, très déçue de ce film ; la déception n’est que plus cuisante quand je visualise le potentiel dramatique de l’oeuvre originale. Même en se bornant à adapter un seul fil de l’histoire et un seul thème, il aurait été tout à fait capable de réaliser quelque chose de grand !
Attention, je ne dis pas que c’est un mauvais film. Au contraire même, il est assez bon… mais pas assez mémorable à mon goût.

***

Comparatif

Sans même parler des quelques cinq-cent pages manquant dans le film (le meilleur choix stratégique pour éviter d’avoir un film de cinq heures ou au rythme beaucoup trop rapide), c’est surtout le traitement des personnages qui est différent : il manque carrément un personnage principal du roman (dommage puisqu’il est trop cool), une autre est simplifiée et édulcorée à l’extrême, un autre perd de son épaisseur… Les thèmes sont plus succincts et plus vagues, la fin changée, bref, le film n’est pas l’adaptation que j’avais espérée.

Ma préférence va donc pour le roman, et de très loin : c’est pour moi un incontournable de la littérature, tandis que le film est plutôt dispensable à mon avis.
Cependant, si vous êtes amateur de films classiques, vous trouverez probablement plus d’intérêt à l’oeuvre d’Elia Kazan. Autrement, oubliez, le rythme risque de vous ennuyer plus qu’autre chose !


Avez-vous déjà lu ou vu À l’Est d’Eden ?
Aimez-vous comparer original et adaptation ?

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10 réflexions sur “De l’écrit à l’écran : À l’Est d’Eden

  1. Parfait: je viens de finir mon livre et je me demandais ce que j’allais lire ensuite, ce sera donc A l’est d’Eden! 🙂

    Grâce au sujet dédié sur Exploratology, tu sais à quel point j’aime comparer l’adaptation au livre ;-). Je commence en général par le livre et il m’arrive même de me servir de la sortie d’un film comme prétexte pour lire le livre… et ne pas aller voir le film ^^.

    Et tu me fais penser que je n’ai pas encore regardé Rebecca de Hitchcock, alors que le DVD traine dans le salon depuis déjà un petit moment. Merci de m’aider à occuper mes soirées :D!

    Aimé par 1 personne

    • Oh oui, trop bien ♥
      Bonne lecture alors ♥

      Je fais comme toi, les sorties ciné sont un super prétexte pour lire plus, on est vraiment irrécupérables 😀
      Oh, il faut vraiment que je regarde Rebecca aussi ! Tu me diras si il vaut le livre 🙂

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  2. Ce livre, il faut absolument que je le découvre ! Je voulais juste ajouter un petit détail sur ta comparaison sur le film (je vais ma chieuse je suis désolée), quand j’ai vu la date, je ne me suis pas du tout étonnée des personnages édulcorés. Les années 50 c’est l’âge d’or du cinéma hollywoodien qui désirait permettre aux gens de donner des exemples de vertu, pour que les spectateurs se disent en sortant de la salle de cinéma qu’ils voudraient ressembler aux personnages du film pour mener une vie plus vertueuse… La bonne morale traditionaliste de l’époque. Donc, du coup, je suppose que si le film a lissé énormément ses personnages c’est pour cette vision du cinéma. Je précise que je déteste les films de cette période xD mais je trouve cette pensée super drôle en fait, totalement éloignée de notre époque (du coup ça me fascine un peu).
    J’adore ce nouveau rendez-vous ! Je pense te le piquer aussi ! J’ai déjà mon premier sujet d’ailleurs.

    Aimé par 1 personne

    • Tu ne fais pas du tout ta chieuse, au contraire, c’est super intéressant ce que tu dis !
      C’est marrant parce que j’aime beaucoup de films de cette époque et je n’avais jamais remarqué ça… peut-être que je suis tombée sur les bons (et puis je ne regarde pas que du hollywoodien, ce qui doit jouer) ou bien peut-être que je les ai vu trop jeune, mystère !

      Trop bien alors, j’ai hâte de lire ton premier sujet 😀 J’ai aussi quelques autres idées pour continuer le rendez-vous donc ça serait intéressant qu’on soit plusieurs à écrire sur les adaptations !

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  3. Héhéhé, moi qui ne suis vraiment pas une adepte du cinéma, tu m’as convaincue sans problème de ne pas regarder le film.

    Par contre, le livre passera bien à la casserole un jour ou l’autre ! Dommage que le film ait aseptisé le tout, vu ce que tu en dis, ça avait l’air prometteur :/

    Aimé par 1 personne

  4. Les adaptations de grands livres sont très souvent décevantes. Steinbeck a été mieux servi par John Ford qui a adapté de belle manière Les Raisins de la colère. L’adaptation la plus fidèle que je connaisse est Le Guépard de Visconti qui adaptait le magnifique livre de Lampedusa.

    Aimé par 1 personne

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