3 mangas LGBT+ à découvrir

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Salut à tou·te·s !
L’an dernier, à l’occasion du 17 mai (journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie), j’avais décidé de vous parler de quelques romans LGBTQ+. Cette année, je m’y prends un peu en avance pour remettre le coup, côté manga.

Je suis persuadée que l’évolution des mentalités viendra aussi avec la culture, principalement la culture de masse : même si on est encore loin d’une situation idéale, les dernières années montrent un pas en avant et un discours plus libéré sur tous ces sujets. Franchement, quand j’étais en primaire et au collège, les livres comprenant des personnages LGBT+ étaient rares. Le paysage éditorial est plus inclusif depuis, y compris dans les mangas (même si dans la « vraie vie » homophobie, biphobie et transphobie se portent malheureusement très bien).
Pendant longtemps, manga + homosexualité = yaoi (ou sous-entendus homosexuels chez Clamp, tmtc)… en dehors de ça  point de salut. Si on cherchait quelque chose de plus réaliste, on se retrouvait bien vite à court. Heureusement ça bouge, et j’ose me montrer optimiste devant l’avenir : en témoignent les mangas présentés aujourd’hui !

Et comme pour le dernier article, j’en profite pour vous renvoyer à la chaîne de Mx Cordelia et au blog Biblioqueer pour encore plus d’idées lectures.


eclat_d_ame.png Éclat(s) d’âme
Yûki Kamatani
2 tomes, en cours


Tasuku est lycéen et voudrait mourir : ses camarades de classe ont découvert du porno gay sur son smartphone, il ne supporte plus les rumeurs et le regard des autres après ce coming out forcé.
Alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit une jeune femme qui le devance et saute avant lui… Mais lorsqu’il se précipite à l’endroit de sa chute, il découvre qu’elle est bien vivante et possède une résidence où se réunissent d’autres personnes LGBT+.

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Voici mon manga coup de cœur de la sélection, ne serait-ce que pour le dessin absolument magnifique (l’illustration en couverture de l’article en est tirée) ! C’est évocateur, poétique, plein d’émotion, je n’ai pu m’empêcher de m’arrêter pour admirer certaines pages tellement c’est beau.
Le fond est tout aussi réussi, et le premier tome donne une furieuse envie de lire la suite. Le·a mangaka est agenre (ne s’identifiant ni au masculin, ni au féminin) et son propos sonne de fait très juste : certaines scènes sentent le vécu. Il n’y a ni misérabilisme ni enjolivement, difficultés comme joies sont montrées avec autant de talent. Les personnages sont d’ailleurs très attachants et sonnent juste, ce qui fait vraiment plaisir puisque nombre de mangas aux personnages gays sont parfois très… clichés (je n’ai jamais vraiment lu de yaoi ou de yuri à cause de ça : beaucoup semblent calibrés pour un public hétérosexuel à seule fin de fantasme, notamment avec une distribution des rôles dans le couple se rapprochant parfois des fantasmes… homophobes. Oups.).
Le manga a également le mérite de ne pas résumer LGBT+ à LG (lesbiennes & gays) et ce n’est malheureusement pas si fréquent.
Bref, pour le moment c’est un sans-faute : le manga est engagé, accessible, beau et touchant. Vivement la suite !


blue.pngBlue
Kiriko Nananan
2018 pour la réédition (1996 au Japon), terminé en un tome


Kayako est lycéenne et aime regarder la mer après les cours. Lorsque Masami, nouvelle élève, arrive dans la classe, Kayako est sitôt sous le charme et souhaite devenir son amie et admirer le bleu de la mer à ses côtés.

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On est ici dans un registre tout autre que celui d’Éclat(s) d’âme puisque Blue est contemplatif. Très contemplatif. Si vous n’aimez pas les œuvres où il ne se passe pas grand chose, passez votre chemin : il ne se passe pas grand chose. Tout réside beaucoup dans les non-dits et une ambiance douce-amère servie par un dessin épuré.
J’ai d’ailleurs bien accroché au dessin et à la mise en scène, même si trop d’épure nuit parfois à la compréhension : les personnages ont une grosse tendance à se ressembler et à se confondre ! La gestion des vides est par contre très bien amenée. La mise en pages donne tout son sens à l’expression « silence évocateur » et c’est entre les cases que se jouent beaucoup de choses.
C’est en tout cas une jolie histoire d’amour et d’amitié en un tome, un peu éthérée, laissant une petite impression nostalgique.
Ce n’est peut-être pas un chef-d’œuvre absolu, mais le manga reste assez réussi pour qui aime le contemplatif et la tranche de vie. Blue vient en plus d’être réédité après être resté introuvable pendant plusieurs années, c’est donc le bon moment pour découvrir ce one-shot !


mari_de_mon_frere.pngLe Mari de mon frère
Gengorô Tagame
2017, terminé en quatre tomes


Yaichi élève seul sa fille, mais son quotidien est un jour changé par l’arrivée de Mike Flanagan, le mari de son frère jumeau qui vient tout juste de décéder. Cet homme canadien est bien décidé à découvrir un peu plus la vie de son défunt mari et va bouleverser les opinions homophobes de Yaichi.

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Le dernier manga de la sélection est aussi le plus réaliste, se centrant principalement sur la place des homosexuels aux Japon et l’homophobie latente, que ce soit celle du héros ou de la société tout entière. En introduisant son sujet militant à travers les yeux de la jeune héroïne, Kana, il met en exergue l’hypocrisie de cette mentalité « on est gentils tant qu’on peut détourner les yeux » (qui n’est pas l’apanage de la société japonaise hein). C’est donc assez bien amené pour le grand public, de manière plutôt ludique et attachante puisqu’en filigrane, c’est le deuil de Mike qui est abordé, et la découverte de sa toute nouvelle famille faite d’un beau-frère et d’une nièce.
Il me reste encore le dernier tome à lire, mais pour le moment c’est très bien mené !
J’ai par contre beaucoup plus de mal à accrocher au dessin, un peu trop musculeux à mon goût (tout le monde soulève 15 kg de fonte chaque jour dans ce manga apparemment)… mais aussi un poil statique par moment. C’est la première histoire grand public du mangaka, qui est surtout connu comme une sommité du manga porno gay depuis les années 80, principalement pour ses illustrations ; je trouve qu’effectivement, son talent brille plus dans les cases grand format que dans l’action.
C’est en tout cas une très belle découverte, la plus à même de cette sélection à plaire à un public ne lisant pas de mangas d’ailleurs ! La série a été adaptée cette année à la télé japonaise et je me demande ce que ça donne : je lui souhaite en tout cas tout le succès que l’histoire mérite.


Connaissez-vous ces mangas ?
En connaissez-vous d’autres parlant des communautés LGBTQ+ ?

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25 réflexions sur “3 mangas LGBT+ à découvrir

  1. Éclat(s) d’âme a vraiment l’air super, merci beaucoup pour cette sélection ! Je ne me suis jamais penchée sur les mangas lgbt+ (peut être justement parce qu’il n’y en a pas des masses ?) a quelques yaois près. Yaois qui sont effectivement parfois aussi niais qu’un shojo et pas très réalistes, comme tu le soulignes si bien. En tout cas je vais maintenant pouvoir diversifier mes lectures de manga grâce à toi !
    Je ne sais pas si tu connais mais il y a aussi Lily la menteuse qui parle (en très gros) d’un garçon qui aime se travestir en fille. Ce n’est sûrement pas aussi engagé que les mangas que tu proposes dans cette sélection, ça ne casse pas trois pattes à un canard et c’est quand même très axé comédie et romance, mais je pense qu’il y a tout de même une réflexion sur l’identité et l’orientation sexuelle de chacun en filigrane 🙂

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    • Je ne connaissais pas du tout Lily la menteuse, merci pour le conseil !
      Tu avais trouvé la réflexion bien menée ? 🙂

      J’espère qu’Éclat(s) d’âme te plaira dans ce cas, ça serait chouette qu’un manga militant LGBT+ se vende bien en France !

      Et en dehors des yaoi et quelques yuri (surtout érotiques) je crois bien qu’il n’y a pas grand chose en France… mais bon, il y en a de très bons et je ne connais pas non plus tout le paysage éditorial, ça serait intéressant de trouver une étude dessus !

      Merci pour ton commentaire 🙂

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  2. Je confesse mon penchant pour les histoires de Clamp où des sous-entendus gays sont présents. (gros coup de coeur de mon adolescence, déso pas déso)

    Sinon, il était vraiment sympa cet article ! J’ai déjà beaucoup entendu parler de « Le mari de mon frère », donc que tu en parles ne m’étonne pas. (et puis… le dessin est classique mais j’aime)

    « Eclats d’âme » a l’air magnifique ! Je retiens aussi celui-là, il m’a l’air peut-être un peu plus profond que les autres, je me trompe ?

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    • Ah mais soit pas déso, même si je lis moins les Clamp aujourd’hui je les adorais au collège/lycée, et même en primaire avec Sakura ! Ce n’était pas tant un jugement négatif des Clamp qu’un regret que ce soit les seules histoires grand public où trouver des persos LGBT+…
      (mais très clairement je leur serai à jamais reconnaissante pour Kendappa-ô et Souma de RG Veda, un peu de romance à mettre sous la dent de Pauline de 14/15 ans :p)

      Effectivement, il y a peut-être plus de matière et d’émotion dans Éclat(s) d’âme ! Apparemment, le dernier tome va sortir au Japon d’ici peu donc c’est en plus une série courte, perso j’aime savoir dans quoi je m’engage quand je commence quelque chose 😀

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  3. Super article ! Merci pour ces découvertes 😀
    Je connaissais déjà « Le mari de mon frère », une camarade de master l’avait présenté lors d’une journée pro autour du manga.
    J’ai vraiment envie de lire Éclats d’âme ! Allez hop, dans la wishlist !

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  4. Dommage que ces dernières années montrent aussi une parole homophobe très libérée…
    Je ne suis pas tellement manga, mais tu donnes envie de découvrir tous ces titres (je connaissais Le mari de mon frère de nom, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’aller plus loin). En particulier Éclat(s) d’âme qui me semble vraiment chouette !

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    • Oui, c’est malheureux… j’ai failli en parler mais c’est tellement pesant au quotidien (enfin, ça l’était surtout pendant la manif pour tous les cons, ça s’est un poil calmé depuis) que j’ai préféré ne parler que du positif.
      J’espère qu’Éclat(s) d’âme te plaira si tu tente le coup !

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  5. « Le mari de mon frère » me tente bien, à la fois pour l’histoire et pour le dessin. Je trouve la couverture très sympathique, je l’aurais forcément pris en main si je l’avais croisé en librairie. Et c’est drôle mais déjà quand j’avais vu la couverture dans ton bilan mensuel, j’avais remarqué que pour un japonais, le héros était sacrément baraqué 😀

    J’en ai profité pour faire un petit tour de wiki pour me mettre à jour sur les différents type de manga: Seinen, Shojo, Shonen que je connaissais déjà de nom, Josei et Yaoi, que je découvre donc… J’ai tout bien compris en lisant… mais j’ai déjà oublié quel nom correspond à quel type 😀

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    • Ahah, ce n’est même pas tant que le héros soit japonais et baraqué qui m’a perturbée mais que touuuuut le monde le soit, un vrai quartier de bodybuildeurs·euses 😀

      Oups, c’est vrai que je n’ai pas trop pensé à remettre les définitions !
      En simplifié, ça donne :
      shonen et shojo : vise respectivement un public de jeunes garçons et jeunes filles
      seinen et josei : vise un public de jeunes adultes, respectivement masculins et féminins
      yaoi : romance gay (pouvant rejoindre par moment le hentai, soit manga pornographique) obéissant à pas mal de codes et visant souvent un public de jeunes filles
      yuri : romances lesbiennes
      et il y a aussi le kodomo manga qui vise les mangas pour les enfants n’ayant pas atteint le collège

      Mais bon, en vrai les catégories sont perméables et pas aussi rigides !

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  6. Salut à toi ! Je suis moins optimiste que toi, concernant la bienveillance vis-à-vis des LGBT en France et ailleurs, mais il est indéniable qu’il y a des progrès. Comme en témoigne la vision qu’en offre l’art, aujourd’hui. Je lis très peu de mangas (non pas que je n’aime pas, au contraire), c’est pourquoi j’ai trouvé ton article très instructif et plaisant. 🙂

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    • Merci à toi pour ton commentaire !
      Malheureusement tu as bien raison : je restais sur un angle culturel (en me mettant un peu des œillères…) mais les violences contre les LGBT connaissent même une hausse… j’ai rajouté une parenthèse pour ne pas les invisibiliser.
      Par contre côté représentation culturelle, là il y a clairement du mieux et j’ose espérer que sur le long terme, ça contribuera à une baisse globale des violences.
      J’espère que je t’aurais donné envie de découvrir un ou deux mangas, alors 🙂

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  7. J’avais entendu parlé du troisième manga sans jamais me lancer, mais j’avoue que tu m’as donné très envie! C’est un sujet que j’adore. Je m’étais un peu lassé des shojos qui répètent souvent le même schéma avec son lot de cliché et de niaiserie qui avec l’âge (pour la petite mamie que je suis haha) m’agacent. Et avant de passer par la case josei, j’ai lu des yaoi principalement, et quelques Yuri histoire de changer un peu. Finalement je ne regrette pas du tout, ces lectures ont mis à jour mes propres préjugés et m’ont réellement fait comprendre ce qu’était « être homosexuel », autrement dit, être comme tout le monde, aimer des gens et se faire aimer en retour.
    Plus jeune je les mettais dans une case comme si c’était un cas à part. Je n’étais pas homophobe, loin de là! Mais je les considérais un peu malgré moi comme une espèce en voie de disparition (ou plutôt en pleine apparition) qu’on regarde de loin parce que « c’est une espèce rare, il ne faut surtout pas les déranger ». Avec du recul, j’étais vraiment bizarre! Mais les mangas LGBT m’ont vraiment aidé à me familiariser avec ça, car c’est souvent là le soucis, les gens ne sont souvent pas nécessairement homophobes, c’est juste qu’ils ne connaissent pas et ont pleins de clichés en tête. Bref, je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça! Je vais aller lire ces trois recommandations, ils m’ont l’air géniaux 😀
    Merci pour cette belle sélection 🙂

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    • Oh super, je suis contente de t’avoir donné envie alors !
      Tant mieux si les mangas ont aidé à dépasser tes préjugés, et tu as tout à fait raison : être homosexuel·lle, bisexuel·le… n’a rien de complexe ou différent sur le fond (contrairement à ce que certains conservateurs le prétendent). C’est de l’amour, voilà !

      Et c’est ça qu’il faut exterminer les clichés qui entourent les communautés LGBT+ et qui font beaucoup de mal (et de victimes).
      Parfois, les gens pensent ne pas être homophobes, mais en perpétuant ces clichés cela blesse l’entourage qui peut être concerné (et c’est très délicat de le faire remarquer quand on n’ose pas faire son coming out).
      Et c’est logique qu’ils aient ces clichés puisque ce sont ceux tout le temps relayés ! Il y a à la fois un travail personnel à faire par chacun (ne pas rester bloqués sur ses préjugés) et de plus grande envergure (les détruire définitivement).

      Donc tu n’es pas bizarre, mais c’est vraiment super de se remettre en question ! Tout le monde devrait confronter ces préjugés à des témoignages et œuvres de fiction pour les démonter, on vivrait toutes et tous bien mieux.
      Un peu plus de compréhension et d’amour dans ce monde c’est chouette 🙂

      Merci à toi pour m’avoir raconté tout ça, j’espère que tu feras de belles découvertes ♥

      Aimé par 1 personne

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