Jérusalem – Alan Moore

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FI-NI.
Après environ trois mois de lecture et quelques mille-deux-cents pages format Bible englouties, je ne suis pas mécontente de pouvoir enfin ranger Jérusalem sur son étagère. Le voyage fut long et semé d’embûches mais je pense pouvoir dire qu’il valait le coup, ne serait-ce que pour la magnifique édition de chez Inculte et sa couverture fascinante (même si un peu salissante – l’avoir laissée traîner trois mois sur ma table basse n’a pas dû aider -).
Je prends rarement autant de temps pour terminer un roman mais c’était ici nécessaire. Alors, bilan de l’expérience ?

Mais de quoi ça parle ?

Jérusalem, c’est le récit monde de vies s’imbriquant autour d’une ville ouvrière d’Angleterre, Northampton, où Alan Moore a toujours vécu.

Je suis mort quand j’étais tout petit. Ce qui fée que personne me tendait.

Mon avis

Je connaissais un peu Alan Moore par son travail dans le monde des comics ; j’ai lu Watchmen au lycée sans rien connaître de l’histoire, me fiant uniquement au conseil avisé de mon père. La BD s’est aussitôt hissée dans le podium de mes œuvres favorites tant j’ai été impressionnée par l’ampleur de l’univers, son originalité et la réflexion plutôt novatrice de l’auteur. Si aujourd’hui les déconstructions de mythes sous un biais plus sombre et réaliste sont loin d’être rares, c’était à l’époque une vraie révolution !
Je le dis tout de suite, Jérusalem n’a pas bouleversé mon univers comme Watchmen et je doute en garder un souvenir aussi vivace dans dix ans. Il faut dire aussi que je ne le lis pas au même âge… et que le roman est un hommage et non une révolution. Hommage à la ville d’Alan Moore, hommage à différents auteurs et artistes, hommage à sa famille… Il est finalement tourné vers le passé et cherche à faire perdurer plutôt qu’à tout détruire. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force, mais cela rend forcément son impact immédiat moins fulgurant !

Ce n’est toutefois pas le genre du monsieur de se reposer sur ses acquis et ce n’est pas le cas ici non plus. Le roman est original, surprenant et ambitieux (même si certains chapitres et postures stylistiques semblent être là plutôt pour la frime)… alors que j’ai parfois eu la sensation de lire un classique et non du contemporain. Mises à part quelques remarques plutôt progressistes et bienvenues, le texte est presque intemporel et c’est plutôt paradoxal, au vu de toutes les époques qu’il aborde.
Le projet d’Alan Moore semble être celui, un peu fou, de donner vie à sa ville et d’engraver son souvenir dans la littérature. Là-dessus, le pari est réussi (j’ai un peu zappé les passages décrivant les rues et l’organisation de Northampton en détail, quand même). Avec la multitude de personnages et d’époques qui composent le roman, l’ensemble m’a vraiment paru prendre vie au fur et à mesure que toutes ces histoires construisaient le grand tout.

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Œuvres de William Blake, qui est très, très, référencé dans Jérusalem

Plus concrètement, Jérusalem se scinde en trois parties distinctes et très différentes les unes des autres. Sans spoiler, la seconde est probablement la plus classique et grand public, avec une parodie des romans d’Enid Blyton fort romanesque. Cette partie mise à part (et encore), le tout est très dense et parfois un peu difficile d’accès : Alan Moore a fait énormément de recherches pour les chapitres les plus historiques et ça se sent, puisqu’ils se rapprochent plus de l’essai que du roman par moment (ce qui m’a tout à fait convenu mais pourra en rebuter certain·e·s). Je mentionnerai aussi un chapitre… surprenant, que je n’ai même pas réussi à lire en entier (chapitre 26, murmurez ces mots à l’oreille des lecteurs et lectrices de Jérusalem pour les faire frémir)
Un grand bravo d’ailleurs au traducteur, Claro, pour son boulot sur lequel il a dû gagner quelques cheveux blancs !

Il y a tout de même quelques défauts : le roman est à mon sens un peu inégal et souffre de répétitions et de longueurs. Je pense que si je n’avais pas autant étalé ma lecture elles m’auraient d’autant plus sautée aux yeux, et que j’aurais probablement saturé. J’ai lu un chapitre tous les deux ou trois jours en moyenne et ça m’allait tout à fait. Du coup, j’ai pris pas mal de plaisir à ma lecture, voire beaucoup sur certains chapitres, mais je pense que l’ensemble aurait pu être expurgé d’une bonne centaine de pages minimum.
N’empêche, il y a une vraie proposition littéraire assez originale qui fait plaisir à lire (même si je n’aimerais pas être dans la tête du monsieur). L’idéal est de se lancer en se laissant surprendre et c’est pourquoi je ne vais pas aborder certains des points qui m’ont le plus accrochée.
Attention tout de même, c’est un texte souvent assez violent et cru !

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Finalement, c’est un roman que je suis bien contente d’avoir découvert mais que je ne risque pas de relire de sitôt.
Si vous aimez être surpris par la littérature et que vous n’êtes pas intimidé par un énorme pavé bien dense, c’est probablement une expérience à tenter. Cependant, si vous n’accrochez pas aux premiers chapitres… Il sera probablement préférable d’abandonner (ou bien de ne lire que la seconde partie, plus pop).
Le travail d’Alan Moore sur ce roman semble en tout cas titanesque, ne serait-ce que pour la recherche historique sur Northampton assez hallucinante (j’ai appris beaucoup de choses). Avec le recul, l’ensemble est un poil trop lourd à diriger pour le transformer en vrai coup de cœur, mais le voyage valait le coup !

Jérusalem – Alan Moore (2016)
Aux éditions Inculte


Dans le même délire :

Si vous avez aimé cette brique un peu chaotique, vous accrocherez certainement aux autres briques un peu chaotiques comme La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski ou La Maison dans Laquelle de Mariam Petrosyan (que j’ai préféré à Jérusalem). En plus court, je pense forcément à William Faulkner pour l’écriture particulière… et même si je n’ai pas encore lu ces auteurs suivants, je ne peux m’empêcher de mentionner James Joyce (la comparaison la plus évidente vu l’omniprésence des références), Thomas Pynchon et David Foster Wallace. Mais je devrais probablement les lire pour confirmer le parallèle (bouh la mauvaise blogueuse) !

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Avez-vous déjà lu Jérusalem ? Ça vous tente ?
Connaissez-vous d’autres romans-monde un peu perchés ?

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9 réflexions sur “Jérusalem – Alan Moore

  1. Le côté essai risque de me rebuter plus que la taille 🙂 mais chapeau d’être venue à bout d’un tel titan ! Je vais me contenter de La maison dans laquelle je pense, un livre que j’ai vraiment beaucoup aimé 🙂 là je me lance dans Imajica de Clive Barker, il tape aussi dans les 1000 pages en ebook et ça m’a l’air bien perché 😉

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    • Ce côté essai historique ne se ressent pas sur chaque chapitre, il y a un vrai fil narratif entouré de plein de digressions que tu peux zapper si ça te gonfle, je pense 🙂
      Ah, il faut que je lise plus de Clive Barker ! J’attendrais d’en lire ton avis alors 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Ah, je suis contente de lire ta critique de ce bouquin ! En tout cas, je ne vais pas m’y lancer tout de suite, surtout que je viens aussi de passer deux mois et demi dans un même livre. C’est le genre d’ouvrage dans lequel il faut se lancer uniquement bien motivée ! Par contre, La maison dans laquelle m’attend depuis noël et j’ai vraiment très envie de le lire. En tout cas, merci pour cette chronique qui me fait découvrir un aspect totalement inédit de l’oeuvre d’Alan Moore.

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  3. Aah, je me demandais quand tu en parlerai ! 😀

    Ca a effectivement l’air du genre de livres qu’il faut être sûr de pouvoir lire à tel moment de sa vie. Pas le bon moment pour moi mais ça a l’air d’être une sacrée lecture, peut-être que je le lirai un jour ou que je me contenterai de ta chronique. (on sent que le courage est un peu absent chez moi en ce moment, aha)

    Merci pour cette super chronique ! 🙂

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  4. Mon commentaire sera assez semblable aux autres: vu le temps qu’il est resté en « lecture du moment », j’étais impatiente d’avoir ta chronique sur Jérusalem! Par contre, je ne suis pas sûre d’avoir envie de le lire (sujet et longueur).
    Le livre en lui-même est très beau (mais je me suis dit qu’il devait être salissant quand je l’ai vu à la librairie!), on imagine bien le laisser poser sur une table basse, non? 😉
    La maison dans laquelle m’attend toujours, je le vois, là, tout en dessous de ma PAL (rangée par taille, les gros en dessous, pour des raisons de stabilité :-))

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    • C’est vrai qu’il a squatté la barre de droite un bail celui là…
      Mais tout à fait, d’ailleurs ça a été mon coffee table book pendant tout ce temps :p
      (ce qui explique aussi pourquoi il s’est sali aussi facilement…)

      J’espère que tu accrocheras à la Maison alors 🙂

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