D’Eugène Onéguine à Songe à la Douceur

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Il y a quelques mois j’ai lu Eugène Onéguine,
roman russe d’Alexandre Pouchkine
en vers, même en tétramètres iambiques
(c’est Wikipédia qui le dit).
Sorti en 1832, il est considéré aujourd’hui
encore
comme un chef-d’œuvre poétique.

Il y a quelques semaines j’ai lu Songe à la Douceur,
roman français de Clémentine Beauvais
en vers libres.
Réécriture de la poésie de Pouchkine
en roman jeunesse
(c’est pas banal).

Est-ce que c’était une bonne idée ?
Est-ce que j’ai un préféré ?

L’histoire commence pareil
Eugène est aristocrate et blasé, nihiliste
Tatiana est grande lectrice, jeune et romantique
Tatiana aime Eugène
Eugène n’aime pas Tatiana.
(À moins que ?)

Cela se passe
dans la campagne Russe
du dix-neuvième siècle.

Ça se passe
à Paris et dans sa banlieue,
en 2016.

Mais il est triste de se dire
Qu’on a gaspillé sa jeunesse,
Qu’on l’a trahie à chaque instant
Et qu’elle nous l’a bien rendu,
Que les meilleurs de nos désirs,
Que les plus pures rêveries
Sont allés à la pourriture
Comme les feuilles de l’automne.

Eugène Onéguine – Alexandre Pouchkine

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Illustration d’Eugène Onéguine par Ilia Répine (1899)

J’ai lu Eugène Onéguine en traduction
et ça, déjà, c’est embêtant.
Autant pour les romans je ne fais pas attention,
autant la poésie rend ça un peu frustrant.
Les sons, les pieds, les vers rendent très différent
en russe ou en français, évidemment.
Quand je le peux je lis des versions bilingues
pour saisir le sens autant que la sonorité,
laisser les mots glisser sur la langue,
en poésie c’est une priorité.
Impossible ici : je ne suis pas russophone !
Alors forcément je me suis sentie défavorisée
et frustrée, je suis passée un peu à côté
(même si certains passages m’ont vraiment enchantée).

Clémentine Beauvais écrit en français
donc ici le problème est réglé.
C’est joli,
c’est doux,
ça fait pousser des
« oooooh »
et des
« aaaaah »
devant certaines pages et
tournures de phrases.
l’écriture est atypique,
poétique
mais aussi légère,
accessible
(j’ai mis moins de deux heures à le terminer).
Si la poésie vous rebute
pas d’inquiétude ; Songe à la douceur
se lit sans effort et sans heurt.

Pour revenir à Pouchkine, l’histoire m’a plu mais sans plus.
Ça change (un peu) des récits romantiques habituels,
Tatiana est un superbe personnage, la conclusion très belle
mais les strophes vacantes,
les notes trop abondantes,
les références qu’il me manquait,
tout ça m’a rendu la lecture compliquée,
et m’a un peu perdue pour tout avouer.
Je crois que j’aurai préféré l’étudier
pour en saisir tous les aspects.
C’est un roman certainement passionnant
mais pour moi il n’a pas été plaisant.

Songe à la Douceur est très différent,
rien que ses références m’ont parlées
(Tatiana est née en 1992, moi aussi).
Cela le rend peut-être moins intemporel qu’Eugène Onéguine
d’ici quinze ans, qui se souviendra des wizzs msn ?
Mais j’ai surtout trouvé le récit plus fluide
et moins universitaire.
L’adaptation du récit est bien pensée
plus parlée, moins ampoulée.
Eugène et Tatiana
sont attachants et semblent plus réels que
Tatiana et Eugène.
Je voulais découvrir l’autrice depuis un bout de temps
et je suis bien contente de l’avoir fait à présent.

Pourquoi voudrait-on reconnaître ses pensées
dix ans plus tard
quand le miroir nous montre bien qu’on a changé ?
On place plus haut nos idées
que notre visage, on se dit
qu’elles ne changeront jamais, nos pensées platine,
nos inoxydables promesses.

Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

songe_a_la_douceur.png
C’est tout de même joli

Au fond dans les deux cas l’histoire est simple,
quasiment archétypale.
Le regret, les occasions manquées
sont joliment abordées
mais c’est surtout la forme qui fait l’originalité.

Je ne me sens pas profondément marquée
par ces deux romans. Mais ce sont des
beaux livres plein de cœur.

Même si au fond
j’ai préféré
Songe à la Douceur
La réécriture est pertinente.
L’histoire est intemporelle,
l’ancrer dans notre époque ne semble pas forcé
l’hommage à la littérature est discret
(pas besoin de lire Pouchkine pour lire Beauvais).
C’est un beau roman jeunesse
et une jolie découverte.

Bon, par contre voir écrit
en quatrième de couverture
« un roman en vers :
révolutionnaire ! »
quand on parle d’une  r é é c r i t u r e
d’un roman en vers…
(J’ai un peu ri)


Aimez-vous les romans en vers ?
Connaissez-vous d’autres réécritures de romans classiques ?

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20 réflexions sur “D’Eugène Onéguine à Songe à la Douceur

    • Coucou !
      C’est très bizarre, j’arrivais à voir une prévisualisation de ton message mais il a disparu d’un coup…
      Du coup je répond uniquement à ce que j’ai pu voir en espérant que ça revienne vite dans l’ordre !

      Merci beaucoup pour ton commentaire déjà 🙂
      J’aime également beaucoup la littérature russe, par contre je découvrais Pouchkine avec ce roman ! Je ne sais plus dans quelle traduction je l’ai lu, toutes ne se valent pas alors ?
      (Et je n’ai pas pu lire la suite… 😥 )

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      • Salut je vais réécrire la suite de mon commentaire du coup 🙂
        Alors ce que je disais c’est que le côté « déjà vu » et un peu banal que peut inspirer ce roman en vers est en grande partie volontaire. En effet Pouchkine (qui rappelons le est considéré comme le fondateur de la littérature russe) voulait faire d’EO l’aboutissement de la littérature européenne. De ce fat il a reproduit dans le fond et dans la forme les stéréotypes des romans d’amour européens (sans vouloir faire ma pub je vais faire un article là dessus sur mon blog).
        Pour conclure ce qui est magique dans EO c’est que c’est un peu la naissance du roman russe. par exemple dans la lettre a Tatiana c’est la première fois qu’il est écrit « Je t’aime » en russe dans un livre.

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        • Merci beaucoup pour la suite du commentaire, d’autant que je suis contente d’apprendre tout ça, ça fait sens !
          Il faudrait que je lise d’autres de ses romans je pense, et peut-être pas en vers la prochaine fois pour éviter de me retrouver frustrée.

          (Et vraiment je ne comprends pas, ton premier message est affiché comme datant du 1er janvier 1970 maintenant…)
          Je n’ai pas accès à ton blog (j’ai l’URL unefilleppur.wordpress.com qui ne mène à rien), quelle est son adresse ?

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        • Merci pour ton blog (j’ai parcouru rapidement ton article sur Pouchkine et 😮 il a eu une vie de fou en fait !). Je note pour les deux textes !
          Je crois que ça confirme ce que je me suis dit à la lecture : j’aurai préféré étudier ce texte, avec tout le contexte et son influence expliqués.

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        • Mais lire EO reste une étape importante pour comprendre la littérature russe puisque que lui et Tatiana sont comme Natasha et Nicolas Rostov devenus de véritable archétypes littéraires.
          Pour ce commentaire je dois bien admettre que c’est un mystère 🙂

          Aimé par 1 personne

  1. J’aime beaucoup la forme de ta chronique ! Et le fond aussi, les mots sont bien choisis. Je suis passionnée par la Russie donc Eugène Oneguine fait partie des romans que je veux lire. Je lirai peut-être après Songe à la douceur (rien que le titre donne envie !). Je te rejoins pour la préférence pour la VO quand on lit de la poésie, mais c’est difficile quand on ne maîtrise pas la langue. J’apprends le Russe mais seule,et je ne serai pas capable de lire du Pouchkine en VO, mais avoir une version bilingue doit être intéressant quand même.

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    • Merci beaucoup pour ton commentaire !
      C’est vrai que ce titre est vraiment très beau. C’est par le poème dont il est tiré que j’ai découvert Baudelaire au collège en plus, c’est amusant.
      En général je ne lis que de la poésie française / anglaise / italienne donc c’est la première fois que je me suis vraiment retrouvée face à ce cas de figure en fait.
      Le russe en autodidacte ? Eh beh, bravo !
      J’espère pouvoir lire ton avis sur Eugène Oneguine un jour en tout cas 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Je rejoins les autres commentaires: tu as vraiment bien fait de publier ton article sous cette forme, c’est vraiment une merveille à lire! Et la comparaison des deux livres fonctionne très bien!
    Pas sûre par contre que j’ai vraiment envie d’en lire un des deux…

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  3. Quelle belle idée que cette chronique en vers, qui plus est en tous points réussie ! 😀
    Depuis que je connais Songe à la douceur, j’ai vraiment envie de lire Eugène Onéguine !
    Au final, Songe m’a fait découvrir les romans en vers, et depuis je m’y intéresse fortement. J’ai d’ailleurs acheté One de Sarah Crossan (récemment traduit en français sous le titre Inséparables).

    Aimé par 1 personne

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