Voyage littéraire au Portugal

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C’est l’été, beaucoup partent en ce moment ou s’apprêtent à partir… et pour l’occasion je vous propose des vacances à bas prix au Portugal. La littérature c’est (aussi) fait pour voyager, non ? Voici donc de la poésie, une bande-dessinée et un roman historique pour déambuler dans les rues de Lisbonne.


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Je commence avec un livre que je n’ai toujours pas terminé. Ouh la mauvaise blogueuse ! Il faut dire c’est de la poésie composée de bouts de journaux et de pensées, que je picore depuis l’an dernier de ci de là.
Fernando Pessoa est l’un des écrivains lusophones les plus emblématiques, encore présent en statues et en peintures dans les rues de Lisbonne. Il aurait été dommage de présenter cette sélection sans ce poète qui aimait tant sa ville qu’il en a écrit un guide (sobrement intitulé Lisbonne).

Le livre de l’intranquillité, c’est le journal intime de Bernardo Soares, employé de bureau tourmenté. On y découvre ses pensées, ses poèmes, mais également le paysage urbain de la ville à travers ses yeux.

Je vois fleurir bien haut, dans la solitude nocturne, une lampe inconnue derrière une fenêtre. Tout le reste de la ville est obscur, sauf aux endroits où de vagues reflets de la clarté des rues montent faiblement et posent ici et là, très pâle, un clair de lune inversé. Dans le noir de la nuit, les maisons elles-mêmes font peu ressortir leurs couleurs diverses, leurs nuances : seules de vagues différences, comme abstraites, irrégularisent cet amoncellement de toits.

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On est là face à un texte exigeant, que je visualise mal être lu d’une traite. L’écriture est superbe, la traduction de chez Christian Bourjois un vrai plaisir à lire. Ce n’est pas un roman mais plusieurs centaines de notes écrites par le narrateur / auteur sur son mal-être, ses problèmes d’anxiété, et cela peut forcément être parfois un peu difficile à lire. Dépendant de votre vécu, certains paragraphes pourront vous toucher en plein cœur comme vous laisser de marbre.

En dehors d’un beau voyage introspectif, on découvre aussi sa conception de la société portugaise, du travail, la description de certains paysages et objets… C’est un peu une grande malle au trésor dont la fouille apporte tantôt apaisement, tantôt intranquillité, terme inventé qui ne laisse aucun doute sur ce qu’il implique.

Ce n’est pas un livre qui plaira à tout le monde. Trop décousu, peu narratif, terriblement dépendant de la sensibilité du lecteur. C’est surtout l’un des textes les plus surprenants que j’ai pu découvrir, que j’aime de temps en temps ouvrir pour quelques pages. Je pense qu’il m’accompagnera encore durant quelques années, et que le jour où je le terminerai il ne restera pas fermé bien longtemps.


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Changement complet d’ambiance avec une bande-dessinée adaptée d’un roman éponyme d’Antonio Tabucchi (que je ne connaissais pas). C’est sa magnifique couverture qui m’a motivée à le lire, n’ayant aucune idée de quoi il retournait. J’ai bien fait : c’est l’un de mes plus gros coup de cœur BD de l’année.

On est ici transporté dans le Portugal de 1938 aux côtés de Pereira, journaliste culturel replié dans son amour de la littérature depuis le décès de sa femme. Sa rencontre avec un jeune activiste va le conduire peu à peu à remettre en question sa passivité face à la dictature de Salazar.

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Cette bande-dessinée est pour moi un sans-faute, à commencer par le dessin magnifique de l’auteur. Le trait est doux, expressif, toujours lisible, sans jamais en faire trop. La couleur est appliquée selon les techniques de superposition de sérigraphie et offre une ambiance très réussie. Certaines cases sont sublime, les rues de Lisbonne prennent réellement vie entre ces pages.

En dehors de cette maîtrise visuelle, le personnage principal est attachant et crédible, au service d’une histoire bien menée. Les réflexions très théoriques du journaliste ne sont pas inintéressantes mais l’essentiel réside évidemment dans quelque chose de plus concret. Faut-il choisir l’action ou de l’inaction face à un régime politique qui bascule dans la dictature ? Autrement dit, entre son confort personnel et plein de sécurité et le bouleversement de sa vie, que faire ? Le message n’est jamais dans le manichéisme et le jugement, ce qui le porte d’autant plus fort. On s’identifie d’ailleurs aisément à Pereira : s’engager, ce n’est facile.

Bref, une excellente bande-dessinée sur la forme comme sur le fond, à la fois drôle, émouvante et intelligente.


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Je termine avec un roman historique… que j’ai abandonné au bout de deux cent pages. Ouh la mauvaise blogueuse (bis) ! D’emblée, ça ne donne pas envie ? Eh bien pourtant, ça devrait. J’ai beaucoup, beaucoup hésité à l’évoquer ici, mais finalement j’ai trop de choses à dire sur ce texte pour le passer sous silence. Je suis d’ailleurs 100% certaine qu’il a le potentiel d’être un coup de cœur pour beaucoup.

Au XVIIIe siècle, le roi Jean V du Portugal décide de construire un couvent à Mafra pour remercier Dieu d’avoir rendu sa femme enfin enceinte. Sur le chantier se trouve Baltazar, un ancien soldat manchot et amoureux de Blimunda, jeune femme dotée du pouvoir de voir l’intérieur des gens. Avec un prête, Bartolomeu de Gusmão, le couple entame la construction d’une machine volante.

Balthazar recula, effaré, il se signa promptement, comme pour ne pas donner au diable le temps d’achever ses œuvres. Que dites-vous là, père Bartolomeu Lourenço, où est-il écrit que Dieu est manchot, Cela n’est écrit nulle part, je suis le seul à dire que Dieu n’a pas de main gauche, puisque c’est à sa droite, à sa main droite que s’asseyent les élus, jamais on ne parle de la main gauche de Dieu, ni les Saintes Écritures, ni les docteurs de l’Eglise n’en font état, personne ne s’assied à la gauche de Dieu, c’est le vide, le néant, l’absence, d’où il résulte que Dieu est manchot. Le prêtre respira profondément et conclut, De la main gauche.

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Couvent de Mafra – Auteur non identifié, ant. 1755

La première chose à savoir, c’est que je me suis prodigieusement ennuyée en lisant Cent Ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez. De même qu’avec Jorge Luis Borges. Et qu’avec tous les romans du réalisme magique que j’ai pour le moment lu. Bref, je me sens complètement insensible à cette littérature alors que je vois bien ses qualités. Ils font souvent parti des romans favoris d’amies dont je partage généralement les goûts, et passer à côté de ce plan majeur de la littérature fait certainement parti de mes plus grandes frustrations de lectrice.

Vous l’aurez certainement vu venir : j’ai trouvé de nombreuses similitudes entre le Dieu Manchot et Cent Ans de Solitude (pour ne citer que lui), dont celle de me faire lutter contre l’ennui pour enchaîner les pages. Pourtant tout s’annonçait bien, l’auteur ayant même obtenu un Nobel pour son oeuvre. L’écriture est très particulière, dense et poétique. Les phrases sont longues voire interminables, l’humour toujours un peu en demi-teinte, un poil cynique, le ton oral et musical en même temps.

De même, l’histoire comprend son lot de personnages doucement décalés, évoluant à travers l’Histoire du Portugal, entre réalisme et fantastique. Les personnages réels croisent la route des fictifs dans une fresque impressionnante. Le récit est fascinant, j’ai appris des choses, c’est rêveur et précis en même temps. Et pourtant, mis à part quelques moments qui m’ont scotchée, j’ai lu encore et encore le même paragraphe, pensant à tout et n’importe quoi mais certainement pas à ma lecture.

Au lieu de me forcer à terminer un roman objectivement bon mais qui ne me procure aucun plaisir, j’ai préféré arrêter les frais, quitte à y revenir plus tard. C’est donc pour ma part une rencontre ratée avec un roman impressionnant, massif et unique. Si vous aimez Gabriel Garcia Marquez vous devriez certainement y jeter un coup d’œil, le voyage doit certainement valoir le détour. Il n’était juste pas fait pour moi !


Avez-vous déjà lu ces livres ?
Connaissez-vous des romans se passant au Portugal ?

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9 réflexions sur “Voyage littéraire au Portugal

  1. Waouh!!! Super sélection, tu m’as donné envie de tout lire, en particulier les deux livres que tu n’as pas fini 😂 Voilà un pays dont je connais très peu la littérature, merci donc de me guider dans mes premiers pas. Et j’admire la façon dont tu parles de la BD!

    Quant au fait que tu n’accroches pas au réalisme magique je vais faire comme si je n’avais pas lu… Tu as lu Chocolat amer de Laura Esquivel, peut être plus accessible que 100 ans de solitude? (Avec Jacmel et Emilie, on adore!)

    Aimé par 1 personne

    • Haha, merci beaucoup, j’espère que tu en arriveras à bout avant moi alors 😆
      Je ne l’ai toujours pas lu mais c’est prévu depuis que je vous ai vu en parler !
      Et je pense qu’un jour j’essaierai de relire Cent Ans de Solitude, je m’y suis peut être lancée trop tôt 🙂

      J'aime

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